ÉTRETAT SOUS LA PLUIE

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Étretat,  sa célèbre Falaise d’Aval, son arche  et sa fameuse aiguille vues de la Falaise D’amont. Ce couple de promeneurs ne nous contredira sans doute pas, le site tant apprécié des peintres et des écrivains, n’est pas moins romantique sous le pluie.

LE MERCREDI 10 JUIN 2020, NOUS ÉTIONS A ÉTRETAT. IL PLEUVAIT SUR L’HISTORIQUE CITÉ DE VILLÉGIATURE DE LA CÔTE D’ALBÂTRE.

Depuis des lustres nous voulions voir «en vrai» la fameuse Falaise d’Aval et sa mythique aiguille de calcaire… D’un blanc laiteux strié de gris sale elle baigne dans un camaïeu de bleus gris pour le ciel et de verts bleutés pour la mer. La pluie et le vent se sont ligués pour nous accueillir à Étretat. Si nous souhaitions reproduire le chromo criard des cartes postales proposées par les marchands de souvenirs, c’est raté. Mais cela ne retire rien à la majesté du lieu, bien au contraire. Avec ce temps chagrin, le site s’impose à nous tel que savaient aussi l’apprécier des peintres tels que Jongkind et Monnet, grands admirateurs et promoteurs de l’endroit.

 SURPRENANTS JARDINS
La persistance des intempéries, nous invite à oublier, pour cette fois, l’ascension de la Falaise d’Aval. Nous préférons gagner les Jardins d’Étretat situés sur la Falaise d’Amont. En partant du centre ville à pied, quel que soit le trajet emprunté, le but se mérite. Créé en 2016 sous la direction du paysagiste russe Alexander Grivko à partir du jardin de la Villa Roxelane (1905) ce parc d’environ 1,5 hectare comprend plusieurs jardins thématiques. Chacun d’entre eux est à lui seul une œuvre horticole d’art contemporain. Sur divers points sont installées des sculptures récentes. Les plus connues, sont sans nul doute ces visages de dormeurs , dus à Samuel Salcedo, qui sommeillent dans de douillets édredons de verdure. DSC_9759 copie copieLes œuvres et les feuillages mouillés de pluie captent la moindre éclaircie et le visiteur évolue alors dans un univers bien plus intéressant encore que sous le soleil. Il faudrait pouvoir passer ici plus de temps, y revenir souvent pour appréhender les lieux selon les saisons et les différents éclairages de la journée. Sur place, l’on comprend que la réalisation de ce jardin extraordinaire et sa maintenance ne sont pas une mince affaire. Les travaux auraient coûté aux alentours de 2,5 millions d’euros (voir chapitre Liens). Mais à 9 € par adulte (enfant 7, 20 €), le billet d’entrée, on persiste tout de même à penser que nombre de familles se passeront de cette visite.

 FALAISE D’AMONT
Que les impécunieux se consolent , car là-haut, sur la Falaise d’Amont, à deux pas des onéreux jardins, le panorama sur la ville, la Falaise d’Aval est lui totalement gratuit et accessible en fauteuil roulant. En poursuivant un peu la balade au bord des falaises vers le nord, le promeneur découvre une vue plongeante sur la Porte d’Amont.

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La Porte d’Amont est la plus petite des trois arches perçant les falaises d’Étretat. Ce point de vue est accessible en cheminant un peu sur les arrières de la chapelle dite «Notre-Dame-de-la-Garde».  La plus grande prudence est ici de rigueur, surtout si des enfants nous accompagnent.

Quelle que soit la météo (voir photo d’ouverture), le spectacle naturel est ici grandiose et dépasse de loin ce que pourrait réaliser le plus talentueux des paysagistes, si «bionique» ou «néo-futuriste» soit-il. La chapelle « Notre Dame de la Garde» coiffe le sommet. Elle date de 1950,  celle que les marins d’Étretat avaient édifiée en 1856 (voir Liens) à été détruite par l’occupant nazi en 1942. De loin, sans pour autant y être indispensable, elle participe à la majesté du lieu. De près, son lourd style néo-gothique, évoque plutôt un décor de film d’épouvante. Paysage, faune, flore… Les falaises alentour offrent milles autres sujets d’observation autrement plus réjouissants à contempler.

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Le Sainfoin ou Esparcette Cultivée fait partie des plantes que l’on peut trouver en juin sur les falaises d’Étretat. Nous en avons rencontré plusieurs pieds au sommet de la falaise d’Amont à quelques pas de la chapelle.

 

CENTRE VILLE
Effet de la météo et de l’accueil frigide, en ces temps de déconfinement, la ville même d’Étretat ne nous a pas enthousiasmés. Le tour des façades anciennes ou néo-normandes remarquables est assez vite achevé. Les quartiers proches du front de mer, sont truffés de boutiques assez semblables à celles que l’on peut trouver partout ailleurs dans les station balnéaires sur toutes les côtes de l’hexagone. Un grand nombre d’établissements de bouche ferment le mercredi (et le jeudi !) ou ne servent «plus qu’à boire passé 18 heures ». Nous avons l’impression d’ennuyer les employés retranchés derrière leurs masques et peu enclins à rendre leur élocution intelligible. C’est à ce point que nous envisageons sérieusement de nous ravitailler dans une épicerie et une boulangerie pour diner dans notre très accueillante chambre de l’hôtel Le Donjon. C’est d’ailleurs ce que nous ferons le lendemain soir.

 

FRONT DE MER
Par ce temps très maussade, les rues très encaissées d’Étretat sont en fait assez tristes et sombres. La plupart des visiteurs cherchent la lumière sur la promenade du front de mer. Après tout, ce qu’Étretat possède de plus précieux et dont on ne se lasse pas ce sont ses falaises et ses galets. Hélas à l’extrémité de la promenade, au pied de la Falaise  d’Amont, ont été bâtis des immeubles dépourvus de tout intérêt architectural.

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Des immeubles sans charme ni intérêt architectural défigurent le front de mer d’Étretat et le site de la Falaise d’Amont. Sans doute ont-il rapporté quelques substantiels bénéfices à des promoteurs et des propriétaires immobiliers.

Ces parallélépipèdes de béton en complet désaccord avec le style du reste du centre ville, défigurent ausi le site naturel de la Falaise d’Amont. Bâtis entre les années 1950 et 1980, ou l’on avait pas grande conscience de la préservation du littoral, ils remplacent des édifices de style néo-normand, construits entre la fin du XIXe et 1910 et détruits durant la seconde guerre mondiale, pour faciliter l’édification du fameux «Mur de l’Atlantique». DSC_9814 copie copieSur la promenade, une plaque commémore Georges Bourdon, ex dirigeant du SNJ (syndicat national des journalistes) et indique qu’un jardin lui est consacré. Derrière les vitres sales de la clôture, nous ne voyons ce jour là qu’une misère de mini no man’s land lépreux.
Nous voulons croire qu’un tel abandon est seulement lié à la crise du covid 19 et qu’il a été remédié à cette déchéance depuis.

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Étretat: Le Jardin Georges Bourdon photographié le 10 juin 2020.

OPPORTUNISTES GOÉLANDS
La météo ne s’arrangeant pas, nous nous invitons derrières les vitres de la terrasse couverte d’une crêperie. Correcte, la nourriture proposée n’incite toutefois pas à parcourir des centaines de kilomètres pour s’en régaler. Plus intéressante est l’audace des goélands. À peine sommes nous servis que l’un d’entre eux se pose sur le muret de soutient de la vitre. En habitué de la maison, il sait que derrière le verre il ne risque rien. L’espace entre le bas de l’épaisse vitre et le muret suffit pour que les gens lui glissent quelques subsides.

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Comment obtenir des gros plans d’un goéland en gros plan avec juste un objectif court (zoom 28-80 Nikon)? Facile! Il suffit de s’attabler à la Terrasse d’un restaurant du Front de mer d’Étretat.

Test effectué, ici les goélands mangent avec une voracité époustouflante, aussi bien de la crêpe au Neufchatel ou aux pommes-caramel, qu’aux fruits de mer. «C’est interdit et même passible d’une amende» nous indique le masque de la serveuse. Quelques minutes plus tard, le volatile s’enhardit, entre dans la terrasse en passant sous une bâche latérale. Il (ou elle) fait la tournée des dessous de table et ressort s’installer sur le muret, devant les vitres d’un restaurant contigu. Sur le chemin de l’hôtel, d’autres goélands festoient dans les poubelles des commerces de bouche, attendent devant les restaurants de poisson, se désaltèrent dans les flaques de la rue, se souciant à peine de la circulation automobile. Nous rentrons, le lendemain promet une météo plus radieuse mais nous irons voir Veules les Roses.

 

LIENS
Les Jardins d’Étretat vus par Le Figaro.fr: https://www.lefigaro.fr/jardin/2017/09/01/30008-20170901ARTFIG00034-entre-ciel-et-mer-l-incroyable-jardin-russe-d-etretat.php
Site officiel des jardins d’Étretat: https://etretatgarden.fr/
Le Monde.fr: https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2019/09/25/voyage-impressionniste-sur-la-cote-d-albatre_6013039_4497319.html

Publié par

Pascal Girardin

Journaliste (rédacteur, reporter, photographe, secrétaire de rédaction) depuis 1995 (formation à l'EMI CFD), je suis entré dans cette profession grâce à trois passions directrices: la photographie, la littérature (histoire, philosophie,sociologie,poésie,roman) et le motocyclisme. Durant toute ma carrière de journaliste, effectuée au service des lecteurs du mensuel Moto Magazine (motomag.com), j'ai traité toutes sortes de sujets, du compte rendu de manifestations motocyclistes au reportage sportif, en passant par la défense des droits des motards et le rappel de leurs devoirs, des affaires juridiques et judiciaires, l'histoire de la moto, le tourisme et les tests de machines et de matériel. Et l'environnement alors? Et bien de la pollution liée à l'ensemble de l'activité motocycliste aussi, bien que de ce côté, la presse spécialisée moto fasse un travail d'information très insuffisant et manquant de d'objectivité. Quel photographe serait celui qui serait insensible à la beauté de la nature sous toutes ses formes? Quel randonneur motocycliste ou pédestre serait celui que ne choque pas la destruction ou la pollution des sites? la désertification des campagnes? Le déclin des centres villes ? Quel journaliste serait celui qui n'est pas avant tout citoyen?

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