LE FUSAIN D’EUROPE: DE LA FLEUR AU FUSIL

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À LA FIN DE L’AUTOMNE, ILLUMINANT LES HAIES DÉPOUILLÉES, DE CURIEUX PETITS « FRUITS» TRÈS DÉCORATIFS DE COULEUR CARMIN, SE FENDENT SUR UNE GRAINE ORANGE VIF. IL S’AGIT DU FUSAIN D’EUROPE, CELUI LA MÈME QUI A DONNÉ SON NOM AU CÉLÈBRE CRAYON UTILISÉ PAR LES PEINTRES ET LES DESSINATEURS DEPUIS DES SIÈCLES.

 Discret au printemps et en été, le fusain d’Europe ou Euonymus europaeus offre aux haies un dernier coup d’éclat automnal, avant que «par l’hiver, bois et guérets » soient «dépouillés de leurs attraits». Cet arbuste à feuillage caduc appartient à la famille des célastracées (environ 1300 plantes dont 120 variétés de fusains) .
Assez courant à l’état sauvage dans presque toute l’Europe, de la Suède à l’Asie Occidentale et très résistant au froid, le fusain d’Europe, apprécie les expositions ensoleillées ou semi-ombragées et les sols riches et frais, drainés, profonds et éventuellement un peu calcaires. Il supporte assez mal les sécheresses trop prolongées.
Ceux que nous avons photographiés poussent dans des haies libres à proximité de cours d’eau sur le site naturel protégé dit «Les Pâtures» à Argentan (61-Orne), soit une zone de prairies humides, parfois totalement inondées durant plus d’une semaine.

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La fructification du fusain d’Europe est en général bien fournie. Cet arbuste pouvant atteindre 3 à 4 mètres de hauteur et 2 à 2,50 mètres d’envergure n’est guère envahissant pour ses voisins.

AUTOMNE FLAMBOYANT

Opposées sur les branches, ovales et pointues (lancéolées) aux bords à peine dentés, les feuilles mesurent entre cinq et sept centimètres de long. D’un vert tendre à moyen en été, l’automne les colorent de teintes flamboyantes: rouge, rose indien, pourpre avant de les détacher. L’écorce offre un aspect gris-verdâtre et un peu crevassé. Printanière, la floraison s’effectue entre avril et mai. Discrètes, les fleurs blanches à reflets jaune-verts mesurent au plus un centimètre de diamètre. Regroupées en cymes, elles montrent quatre pétales minuscules et un cœur vert.

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Rouge, rose indien, pourpre… C’est en automne, que paré de couleurs chatoyantes, le fusain, d’ordinaire très discret, se remarque le mieux.
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D’un vert moyen, les feuilles estivales du fusain d’Europe sont lancéolées et à-peine dentelées.

ARILLE ORANGE VIF

Attirant les butineurs les fleurs forment progressivement des fruits remarquables, dont l’enveloppe, comportant quatre lobes, a valu au fusain le surnom de « bonnet d’évêque ». Verte en été, cette sorte de coque rosi peu à peu, se parant à la mi automne d’un carmin assez soutenu. Nombreux et souvent encore très colorés au début de décembre, ces petits fruits décoratifs exercent un fort attrait sur les jardiniers. Ceci d’autant que, parvenus à maturité, ils se fendent laissant pendre des baies enrobées d’une arille orange vif du plus bel effet. Pour appétissants qu’ils paraissent, les fruits du fusain sont tout aussi toxiques que ses feuilles et son l‘écorce. En hiver, faute de mieux, les oiseaux apprécient toutefois la chair enveloppant la graine (en orange sur les photos).

 

LE FUSAIN JOUE DES FUSEAUX

Aujourd’hui, le mot fusain identifie surtout un type de crayons utilisés par les dessinateurs et les peintres. L’étymologie du mot fusain provient pourtant d’une utilisation ancienne de son bois dur. Jaune clair, homogène à grain fin et compact, comparable au buis, il servait à fabriquer des fuseaux, des aiguilles à tricoter, des quenouilles et divers autres petits instruments utilisés par les couturières et les fileuses.

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Les fuseaux dont le fusain tire son nom… Son bois jaune et homogène (compact et dur), comparable à celui du buis, servait jadis à tourner divers petits outils pour les couturières, les fileuses et les dentellières. Les fuseaux présentés ci-dessus pour illustration ne sont pas forcément réalisés dans du fusain.  Photo réalisée à Argentan (61) lors de la fête de la Normandie le 17 mars 2018

 PUIS VA AU CHARBON

Quant aux fameux «fusains» des «crayonneurs» (De Vinci, Durër, Degas, Seurat, Redon etc..), ce n’est rien d’autre que du bois de branche de fusain, charbonné selon une méthode bien précise. Bien que portant toujours le nom originel, il est aujourd’hui plutôt fabriqué avec du saule. Doté de branches plus longues, ce dernier offre une plus grande variété de diamètres. Mais pour fabriquer du fusain à dessiner on peut, selon le coin du monde ou l’on réside, faire charbon de tout bois. Bouleau, épicéa, figuier, prunier, myrte, romarin, et même vigne sont utilisables. Des tutoriels sont disponibles sur le web pour réaliser son stock soit même à l’aide d’une cuisinière à gaz, ou dans sa cheminée.

 ET FAIT PARLER LA POUDRE

Attention ! Des imitations de crayons au fusain, notamment asiatiques, sont composées de poudre de charbon de divers arbres et d’un liant plus ou moins chimique. Enfin rien n’étant parfait, le charbon de fusain est réputé pour offrir une excellente qualité s’agissant de fabriquer de la poudre à fusils.

LIENS

http://www.lefigaro.fr/jardin/fiche-plante/2015/03/25/30011-20150325FICFIG00352-fusain-d-europe.php

http://onfaitout.com/fabriquer-son-fusain-soi-meme/

http://biologie.ens-lyon.fr/ressources/Biodiversite/Documents/la-plante-du-mois/le-fusain

https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-26384-synthese

 

 

GRATIFERIAS : LE DON POUR CHANGER LA DONNE

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Tiens, un «marché gratuit»… Muni de quelques livres à donner, l’État des Lieux s’est rendu, en octobre dernier, à une «Gratiferia», organisée par l’association «Bio sur Orne» d’Argentan.

 « Un marché où tout est gratuit» annonçait le Journal de l’Orne sur ses panneaux de rue. Cette manie qu’on les éditeurs d’employer des formules aussi racoleuses que réductrices… Allons bon ! Le vrai –et le principal– est que le néologisme espagnol «gratiferia » tire son nom de la gratuité. Le faux est qu’il s’agisse d’un «marché» ou même d’une «foire», comme on peut encore le lire souvent sur la toile, dans la presse et sur les annonces même de certaines organisations.

«Feria» signifie fête en Espagnol. Une gratiferia est donc une «Fête de la gratuité». À Saint-Leu, sur l’île de la Réunion, cela s’appelle d’ailleurs «La Fête du don». Elle comporte une « Agora citoyenne» et, à l’image de certaines gratiferias latino-américaines, une scène ouverte pour les musiciens.

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«Zone de gratuité» indique l’affiche à l’entrée de la gratiferia d’Argentan. Ici donc,  pas de «pouvoir d’achat», de «force de vente», de «merchandising», la seule vraie «valeur ajoutée» est faite de générosité, de convivialité, et d’engagement vers une humanité plus consciente  et moins gaspilleuse de son environnement

ÉCONOMIE DE « MARCHÉ »

Ici, l’on «dépose ce que l’on veut, l’on prend ce que l’on veut même si l’on a rien apporté», indique l’affiche de l’association Bio-Orne. Tout étant gratuit, il n’existe pas, à l’encontre de partout ailleurs, d’échelle de valeur monétaire des objets. Un poste de radio ou un livre ont autant de valeur que quelques graines de roses trémières ou une branche de romarin, une lampe de phare pour automobile, une chemise ou un disque, si peu courant soit-il.

Tout doit bien sur être en bon état, car il ne s’agit surtout pas d’une déchetterie. En parlant des gratiferias, on fera donc l’économie du mot «marché». On laissera aussi la notion fourre-tout de «pouvoir d’achat», tant revendiquée ces temps derniers, puisque ici on a pas besoin d’acheter, tout étant à donner.

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«Servez vous» ! Dans une gratiferia, pour qui en a l’utilité, des graines de rose trémière «couleur chocolat» on plus de «valeur» que n’importe quoi d’autre car ici la seule valeur qui compte vraiment est la valeur…d’usage.

ÉCHANGER AUTOUR D’AUTRES VALEURS

« Une journée dédiée à la générosité», n’hésite pas à titrer le quotidien régional «La Provence» en parlant de celle de La Penne-sur-Huveaune (13). Créées en 2010 à Buenos Aires par un jeune Argentin, les gratiferias n’ont pas pour seul but le débarras de ce qui nous est inutile, ou devenu tel. Elles ont aussi pour philosophie de faire se rencontrer et échanger les participants autour de la convivialité, la solidarité, le partage, et la lutte contre la sur-production et le gaspillage.

Paris, Vire, Caen, Aix , Capbreton…Depuis plusieurs années, à l’initiative d’associations les plus diverses, liées à l’économie alternative, à l’animation de quartier ou à l’écologie, ces évènements se multiplient dans tous les pays et dans tous les départements français. D’aucuns économistes et militants alternatifs n’hésitent pas à voir là « un changement progressif » du rapport des personnes à la consommation.

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Dans les gratiferias, l’échange n’est pas que matériel ! Même si cela est forcément un «bon plan» pour les personnes désargentées, on ne vient d’ailleurs pas forcément ici parce que l’on est pauvre et que l’on espère trouver ce dont on a un besoin urgent. La rencontre et la convivialité sont de mise et le sourire s’invite le plus souvent à la fête.

 

Remerciements

Nous remercions l’association Bio sur Orne pour son accueil et les excellents gâteaux maison, gratuits bien sur pour tous les participants et visiteurs. http://biosurorne.org/spip.php

 

Liens

https://www.clarin.com/home/gratiferias-todo_gratis_0_r15Dc8EnD7g.html

https://blogs.mediapart.fr/bob-92-zinn/blog/120612/les-gratiferias-les-marches-ou-tout-est-gratuit

https://actu.fr/normandie/vire-normandie_14762/gratiferia-vire-ne-jetez-plus-donnez_16017075.html

https://www.sudouest.fr/2018/04/10/premiere-gratiferia-et-fete-des-bouquets

https://www.sudouest.fr/2017/12/02/demain-place-a-la-gratiferia-3998809-3327.php

https://gratiferiajura.wordpress.com/quest-ce-quune-gratiferia/

https://www.clarin.com/home/gratiferias-todo_gratis_0_r15Dc8EnD7g.html

 

 

COLCHIQUES DANS LES PRÉS…

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«FLEURISSENT, FLEURISSENT »… GRÂCE A LA FAMEUSE CHANSON, C’EST UN FAIT BIEN CONNU, LES COLCHIQUES FLEURISSENT DANS LES PRAIRIES A « LA FIN DE L’ÉTÉ ».

Ce chant, écrit en 1942/43, par Jacqueline Debatte (texte) et Francine Cockenpot (musique) à rendu le Colchicum autumnale, ou colchique d’automne, célèbre dans le monde entier. Cependant, combien parmi toutes et tous celles et ceux qui l’ont chanté à l’école ou dans leur salle de bain, savent à quoi ressemble un colchique ? Heureusement la chanson nous dit où–« dans les prés »–et quand la rencontrer, soit à « la fin de l’été », donc entre la fin août et la fin octobre selon les régions.


DANS LES JARDINS DU BOURG

Familière des prairies humides, cette plante vivace (famille des liliacées ou Colchicacées selon les classifications) affectionne tout aussi bien les sous-bois aux sols argileux, frais et riches en humus nourrissant dans les forêts feuillues boisées de chênes, de frênes, de hêtres et de charmes. Selon les régions et les lieux, elle peut être rare ou très courante. Les colchiques qui illustrent cet article ont été photographiées dans le parc du château du Bourg-Saint-Léonard (61 Orne). En saison ils y sont très nombreux. Ils foisonnent aussi le long des chemins de randonnée environnants et jusque sur les pelouses des maisons du bourg. Si l’on pouvait jadis en trouver sur les champs de blé coupés, hors des cultures bio, elles n’y sont plus guère. Les remembrements et l’agrochimie en ayant eu raison.

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Appelé aussi safran des près ou« tue-chien» et «tue loup » en raison de sa forte toxicité, le colchique d’automne est doté de 6 étamines (en jaune sur l’image), ce qui permet de le différencier du véritable safran (crocus sativus) qui lui n’en montre que trois

DEUX CYCLES DÉCALÉS

C’est, bien sur, en automne que l’on remarque le colchique grâce à sa fleur, généralement rose lilas et pouvant rappeler celle du crocus. À cette saison, elle seule émerge du sol ou son long tube blanc peut s’enfoncer assez profond, la fleur pouvant ainsi mesurer jusqu’à jusqu’à 40 cm de long. Une fois fécondée, elle disparaît pour l’hiver. Plus rien ne laisse supposer de son existence, jusqu’au début du printemps ou apparaissent la tige, les feuilles et les fruits. Précoces, ceux-ci se développent vite grâce à la nourriture accumulée dans une sorte de bulbe appelé «corme».

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Sur cette photographie, réalisée le 6 octobre 2018 dans le parc du Bourg-Saint-Léonard (61-Orne) une fleur de colchique en cours d’éclosion cherche à se libérer d’une sorte de housse brune. Malgré nos recherches, nous n’avons trouvé aux environs aucun autre colchique présentant une éclosion similaire.

 COLCHICINE, ATTENTION POISON !

Au cycle herbe, seul un connaisseur peut identifier le colchique parmi tant d’autres herbacées. Plus experts que nous, les animaux, pour la plupart, le délaissent, car la plante entière contient une substance toxique appelé la colchicine. Cet alcaloïde très dangereux voir mortel pour l’homme comme pour l’animal, possède, dans un registre limité toutefois, certaines vertus médicales. Utilisées pour soigner la goutte, la colchicine s’emploie aussi en cardiologie (traitement des péricardites) par exemple.

 POUR CONCLURE

Douce est la ritournelle qui chante son apparition automnale, mais son nom, lié à son extrême toxicité, est dérivé de Colchide. Selon la mythologie grecque, ce lieu, situé sur la Mer Noire, était la résidence de la magicienne (sorcière et empoisonneuse !) Médée. On évitera de laisser les enfants toucher ses jolies et appétissantes corolles.

 

LIENS

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/92127

http://svtcolin.blogspot.com/2011/08/colchique-toxique-rentre-uppa-cafe.html

https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/medecine-colchique-10269/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colchique_d%27automne

https://jardinage.lemonde.fr/dossier-608-colchique-colchicum-autumnale-safran-pres.html

 

 

 

L’OPHRYS ABEILLE : UNE FLORAISON À LEURRE

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CETTE SUPERBE PETITE ORCHIDÉE SAUVAGE, PRÉSENTE UN PEU PARTOUT EN FRANCE ENTRE MAI ET JUIN, ATTIRE LES ABEILLES ET AUTRES BOURDONS AFIN QU’ELLES OU ILS L’AIDENT A ASSURER SA REPRODUCTION.

Ophrys apifera pour les intimes, est présent partout sur le territoire français entre avril et juillet selon les régions, mais cela n’en fait pas pour autant une plante courante. Elle fait d’ailleurs parties des orchidées sauvages protégées par la Communauté Européenne. Elle pousse le plus souvent sur des lieux herbeux assez ras et ensoleillés, portés par des sols calcaires secs, mais apprécie aussi les sous-bois bien éclairés. Le spécimen que nous avons photographié, poussait, quant à lui, sur le paillis de bois disposé sur les parterres d’un parc paysagé urbain d’Argentan (61-Orne).

Brun jaune et poilu

Non contente d’être une belle plante, l’ophrys apifera, s’avère aussi très astucieux. Il utilise plusieurs leurres pour inciter les insectes à collaborer à sa fécondation. Il s’agit, en l’occurrence, d’attirer les abeilles solitaires ou les bourdons. Son gros labelle brun taché de jaune et poilu crée chez les abeilles sauvages mâles des sensations visuelles et tactiles leur laissant croire qu’il s’agit d’une femelle fécondable. Ce leurre est rendu encore plus efficace par l’émission d’une odeur imitant celle de l’abeille femelle.

Pseudo-copulation

Lorsque l’abeille mâle tente de s’accoupler, l’orchidée lui colle sur la tête deux sacs de pollen adhésifs. Les pseudo-copulations du mâle sur plusieurs fleurs permettent ainsi une fécondation croisée. Curiosité, cela ne fonctionne pas avec les abeilles sociales. Pour le cas ou les abeilles solitaires la bouderaient, l’Apifera est le seul parmi les ophrys (environ 37 espèces) à pouvoir en plus s’autoféconder.

Appuyée sur le champignon

«On a toujours besoin d’un plus petit que soi», semble bien être la devise de l’ophrys apifera. À L’instar des orchidées en général, il se développe et vit grâce à l’assistance de champignons microscopiques. Une symbiose, dans laquelle chacun trouve son compte : les filaments du champignon puisent dans le sol l’eau et les éléments minéraux nécessaires à l’orchidée. Les racines de l’orchidée fournissent au champignon le sucre et les vitamines, qu’il ne récupère pas par ailleurs. Ces champignons étant indispensables, la dispersion de fongicides par l’agriculture industrielle est une menace pour l’ophrys apifera comme pour l’ensemble des orchidées sauvages mais aussi bien d’autres plantes. Des recherches récentes, liées aux progrès de la biologie moléculaire, ont montré que bon nombre d’espèces très différentes sont reliées entre elles via le mycélium de champignons identiques.

Liens
N
os observations sont complétées par des recherches et des recoupements effectués via divers sites internet, en bibliothèque et notre propre documentation.

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/110335

http://isyeb.mnhn.fr/sites/isyeb/files/documents/dodelinselosse2011fmds.pdf

https://www.tela-botaniorg/bdtfx-nn-45064-description

https://www.aujardin.info/plantes/ophrys-apifera.php

http://www.cite-sciences.fr/archives/francais/ala_cite/expositions/orchidees

 

PARIS et L’AMOUR «CADENASSÉ»

Presque chassés du Pont des Arts ou ils ont occasionné des dégradations coûteuses, en 2018, les cadenas dits « d’amour» s’invitent désormais un peu partout le long de la Seine et sur les ponts métalliques du monde entier.

 Au printemps dernier, sortant d’une exposition du Petit Palais, nous flânons un peu sur le pont Alexandre III. Quelle que soient la saison ou la météorologie, la statuaire « art nouveau » qui orne cet ouvrage d’art flamboyant, lui confère un charme hors du temps. Les touristes l’adorent. Trop même, car ce jour là… Horreur suprême! Des cadenas, dits «d’amour», s’accrochent par grappes aux crabes et aux grenouilles, aux orteils des statues… Voici hélas quelques temps que, « virés » (ou presque) du Pont des Arts, ces fameux « lovelocks » envahissent les autres ponts de Paris.

 

IL Y EN A PARTOUT !

En longeant les quais jusqu’à l’Ile-Saint-Louis, la balade est édifiante. Le moindre anneau accessible, la moindre rambarde d’escalier ou de rampe d’accès, quand ce ne sont pas les câbles courant au long des parapets, sont squattés, ou le seront sous peu. Nous en avons photographié jusque sur des chaînes de la Rue de Rivoli. Il s’en voit aussi sur les passerelles du Canal Saint-Martin. Rouillant les anses, attaquant les corps, en moins d’un ans, l’oxydation ronge déjà nombre d’entre eux . « La rouille aurait un charme fou si elle ne s’attaquait qu’aux grilles. Avec le temps tout se dénoue, que s’est-il passé entre nous » (Maxime Leforestier).

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 UN COÛT POUR RIEN

En 2018, la DVD (Direction de la voirie et des déplacements) de la Ville de Paris , en enlève 40 tonnes entre le Pont-Neuf (statue d’Henri IV) et la pointe de l’île de la Cité.En 2014, après la chute d’une des grilles de la passerelle, la Ville de Paris en avait déjà enlevé 45 tonnes du Pont des Arts et vingt tonnes de celui de l’Archevêché. En juin 2014, le poids de la quincaillerie avait arraché une des grilles de protection du pont, décidant la municipalité à les remplacer toutes par des vitres feuilletées anti reflet. Coût total de l’opération : 500 000 €. Malgré quoi, les « cadenasseurs » continuent  d’y sévir  ( photos ci-dessous ) s’attaquant désormais aux candélabres (lampadaires).  Au royaume de l’inconséquence, l’amour serait-il roi ?

MONDIALISATION

Le très emblématique Pont des Arts et ses cadenas ont fait des jaloux ou des adeptes sur toute la planète. À Moscou où le phénomène a aussi démarré aux alentours de 2008, sur le pont Loujikof, la ville a installé en 2009, des arbres métalliques destinés à les recevoir. Si l’on cautionne ainsi l’énorme gaspillage de matière, l’effet artistique est bluffant et l’intégrité du pont sauvegardée. Cela dit, la quincaillerie votive, s’est aussi installée au Canada ( Ottawa, Vancouver et Toronto), en Allemagne (Cologne), en Italie (Rome, Florence, Verone,) en Hongrie, au Maroc (Marakech), à Shangaï ( Chine), en Uruguay (Montevideo), en Corée du Sud (Séoul). À Taiwan, des personnes accrochent des cadenas votifs sur les passerelles des gares, persuadés que le passage des trains, déclenche un magnétisme particulier qui servira leurs crédos, tant d’amour que de réussite financière ou de cohésion familiale.

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IMPACT ÉCOLOGIQUE

L’attrait photographique exercé par ces accumulations incongrues ne doit pas pour autant faire oublier leur impact environnemental. Lorsqu’elle sont manipulées, toutes ces grappes métalliques aux arrêtes vives dégradent les traitements de surface des grilles, des statues, des candélabres. Leur métal est mis à vif et gagné par la corrosion des verrous. Usée, sinon écaillée (voir nos photos) la peinture des lampadaires du Pont-des-Arts et le «jus » de cadenas oxydé finissent dans le fleuve.

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Les frottements des grappes de cadenas écaillent les peintures des candélabres du Pont des Arts (Paris) jusqu’à dénuder le métal, permettant à la rouille de s’installer.

POLLUTION À LA CLÉ

Un brin fétichiste, ce nouveau rite, exige que l’on jette à l’eau les clés du verrou d’amour. Il y a donc aujourd’hui au fond de la Seine, autant de jeux de clés qu’il a été arrimé de « lovelocks » depuis 2008. Loin d’être inoxydable, l’alliage métallique dans lequel les clés sont usinées est proche du maillechort. Il est constitué de cuivre, de zinc, et de nickel, auxquels viennent souvent s’ajouter du chrome ou autres anodisations, censées retarder la corrosion. Tous ces métaux s’oxydent régulièrement. Les divers produits issus de cette corrosion sont toxiques pour les organismes aquatiques donc, à terme, pour les humains. Un jeu de clés pèse entre 15 et 20 g. Si l’on estime, qu’en gros 2 500 000 (1million ont été enlevé en 2014) ont été posés. À une moyenne de 18 g par jeu de clés, environ 45 tonnes d’alliage de cuivre dorment dans le lit de la Seine.

UN AMOUR FOU

Pour autant que l’intelligence reprenne le pas, les corps et les anses des cadenas, eux, sont recyclables. Mais ne serait il pas plus intelligent encore de n’avoir pas à les recycler ? Extraction minière, fonderie, forgeage, usinages, traitement de surfaces, transport (depuis la Chine en majorité), le cadenas neuf est issu d’un processus industriel lourd, énergivore et très polluant à chacune de ses étapes. Sachant que les ressources de la planète ne sont pas illimitées, fabriquer des centaines de tonnes de cadenas juste pour les accrocher et les laisser pourrir sur des ponts, relève de la pure folie.

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Fabriquer des centaines de tonnes de  cadenas pour les laisser pourrir sur de édifices publiques, il y a de… l’abus.

UNE COUVERTURE  MÉDIA PEU ANALYTIQUE

En épluchant, sur la toile et ailleurs, les divers articles consacrés aux « cadenas d’amour » par les grands médias (le Monde, Libération, Le Parisien, 20 minutes, les diverses chaines de télévision) on s’aperçoit que la dimension écologique de la question n’est évoquée qu’à strict minima. En 2014, un reportage de France TV, toujours diffusé en ligne, par France 3 régions, montre même une journaliste faisant graver un « lovelock » « France 3 Forever », l’attachant ensuite à la Passerelle des Deux Rives (Strasbourg) et jetant la clé dans le Rhin. Lien : https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/passerelle-deux-rives-cadenas-amour-

AMOUR À VENDRE

« Cela a constitué la majorité de ma recette durant des années » avoue une ancienne bouquiniste sans vouloir donner de chiffres. Bon sur ! Mais c’est bien dieu ! Comme dans toute croyance à la mode, le temple de l’amour « cadenassier » – pour ne pas dire carcéral – a ses marchands. À moins de ne pas savoir gérer leurs affaires, les industriels du cadenas doivent être prospères. En remontant les quais de la rive gauche, nous avons compté près d’une dizaine de bouquinistes vendant ouvertement de ces objets en laiton brut, brillant ou anodisé fuschia, carrés ou en forme de cœur et gravés «I love Paris». La même chose existe chez la plupart des marchands de souvenir du coin. Cela se vend entre trois et dix euros selon le modèle, mais sans compter le stylo feutre à encre  indélébile pour y inscrire les prénoms.

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La vente des « cadenas d’amour » constitue un revenu non négligeable pour certains bouquinistes

GRAVURE DE MOTS

Si l’encre craint peu la pluie, sa résistance au frottement est quasi nulle, le must pour les «love lockers » est donc de faire graver. Sur la toile, une litanie de sites propose ce  « service » et surtout la vente directe de cadenas «personnalisés». Certains vendent même des lots de cadenas de plusieurs tailles pour toute la famille, intégrant au besoin les animaux domestiques.

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Comme Sarah et Alexander, comme Cindy et Daniel,  comme B…,&… sur le web  nous avons trouvés de nombreux sites  proposant des cadenas sur lesquels on peut faire graver ce que l’on veut.

Sur pratiquement tous ces commerces arachnéens, le client est ouvertement incité par une prose plus ou moins littéraire (ou bien traduite) et des photographies, à poser son cadenas sur l’édifice public « qui compte beaucoup pour vous » ou qui contient « beaucoup d’amour et de bohème ».

S’il n’est pas répréhensible de vendre des cadenas, il peut l’être d’inciter leur acheteurs potentiels à dégrader le bien collectif.

 

 

LA CÉTOINE DORÉE

BIEN QUE HONNIE PAR LES AMATEURS DE ROSES, LA CÉTOINE DORÉE EST UN COLÉOPTÈRE AUSSI SPECTACULAIRE QU’UTILE A LA FORMATION DES COMPOSTS.

 Dans un parc d’Argentan, où nous photographions des abeilles, sur la dentelle crémeuse d’un arbuste fleuri, apparaît une émeraude ambulante. La bête empoussiérée de pollen dévore étamines et corolles. En  observant de plus près, elle n’est pas seule. Sur les grappes de cette floraison blanche, généreuse et ensoleillée, occupant à peine un mètre carré, une bonne demi-douzaine de spécimens sont à l’œuvre. En un vol agile, un autre s’invite au festin. Surprenant, ses ailes se rétractent sous des élytres qui restent fixes.

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Un rêve d’émailleur

«La Cétoine dorée, est sûrement l’un des plus joli scarabées de nos régions » nous renseigne un ami randonneur en voyant les photos de ce coléoptère dont la carapace vert-métallisé se moire d’or… à faire rêver les céramistes et les émailleurs. Du coup les recherches deviennent plus aisées. Coïncidence, l’Office du Tourisme d’Argentan présente, en ce mois de juin 2018, une exposition consacrée aux naturalistes normands. Un spécimen y est épinglé dans une vitrine.

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Entre avril et juin

Les amateurs de rosiers, qui la détestent, l’appellent le «hanneton des roses». Cetonia aurata, pour les entomologistes, la cétoine dorée, pour le commun francophone des mortels, mesure entre 12 et 25 millimètres de long. Apparaissant entre avril et juin, l’insecte adulte cherche sa provende dans les parcs et jardins ou il raffole des roses, mais aussi des lilas, des troènes, du pyracantha et de quelques autres plantes arbustives. Dans la nature « sauvage », la cétoine dorée affectionne le sureau, l’aubépine et l’églantier avec, semble-t-il, une préférence pour les fleurs en grappes.

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Lieux naturels protégés

Quelques jours plus tard, nous avons la chance de rencontrer une belle cétoine dorée sur une grande berce commune, ombellifère poussant près d’un sentier de promenade. Lorsque l’animal se sent repéré, il s’enfouit dans les fleurs pour se camoufler. Hors des jardins et lieux naturels protégés, les remembrements massifs et donc la disparition des haies nourricières et des arbres morts (habitat naturel), sont, avec l’agrochimie (herbicide, pesticides) responsables de sa raréfaction, pour ne pas dire son éradication.

 

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Cétoine dorée: lorsque l’insecte se sent repéré il s’enfouit dans les fleurs qu’il continue de dévorer.

Trois ans de métamorphose

À l’instar de toute une petite faune (abeilles mouches moucherons etc…), qui pâture sur les mêmes inflorescences au même moment, elle contribue à la pollinisation. Sa larve se développe dans les bois décomposés les terreaux et les composts qu’elle contribue à élaborer. Les parcs et jardins paysagés lui sont d’autant hospitaliers qu’au pied des arbustes, l’on recouvre, chaque année, le sol de copeaux de bois et qu’aucun traitement phytosanitaire n’y est appliqué. Il faut entre deux et trois ans pour que l’œuf pondu en fin de printemps, après avoir été une larve, se métamorphose enfin en un ou une adulte. La femelle pond ses œufs en juin puis meure. l’adulte mâle ne vit qu’un été, de juin à septembre ou octobre, selon les conditions climatiques.

Brisures de bois
les couches successives de brisures de bois étendues, chaque année, par les paysagistes des parcs et jardins sont des lieux très appréciés par les larves saproxylophages des cétoines dorées.

Facilement identifiable, elle est réputée commune en Europe méridionale et en Europe centrale, et présente en Angleterre et en Scandinavie. Elle n’est cependant pas si fréquente que cela et nécessite d’être très attentif aux floraisons, entre avril et septembre pour pouvoir l’observer. Tout comme les papillons, la cétoine dorée se rencontre surtout pendant les heures les plus ensoleillées.

VIRÉE EN «CENTRE-VIDE»

Centre vide ouverture
Ce panneau «Centre-Ville», modifié sur Photoshop par nos soins, est bien entendu fictif, mais pour combien de temps encore ?

Dans le centre ville d’Argentan (61), plus de 40 boutiques, magasins et locaux professionnels sont vides. Visibles de la rue, la majorité d’entre eux se situent dans un secteur assez réduit que l’on peut considérer comme le cœur de vie historique de l’agglomération.

Un voyageur revenant à Argentan en 2018, sans l’avoir jamais revu depuis les années 1970, peut se demander à juste titre quelle épidémie a bien pu désertifier cette ville, jadis si vivante. En parcourant, les rues principales de la Sous-préfecture de l’Orne,  il pourrait  recenser, comme nous l’avons fait, plus d’une quarantaine de lieux commerciaux et professionnels vides. Ce à quoi il faut ajouter l’ancienne sous–préfecture et une ex clinique privée d’une surface de2300 m2, toutes deux désaffectées et vides depuis des années. La plupart de ces locaux se situent à moins de 400 m de l’église Saint-Germain. Fermée depuis des mois, mais toujours pourvue de son auvent publicitaire pour le quotidien «Le Figaro», l’ancienne «Maison de la Presse» se trouve même juste en face, de l’autre côté de la rue.

COEUR  DE VILLE

À Argentan le « cœur de vie historique» de la ville, soit la surface dans laquelle se concentrait depuis la création de la cité et jusqu’à il y a encore une vingtaine d’années la grande majorité de l’activité commerciale, administrative et médicale, tenait dans un quadrilatère restreint d’une surface de 3,6 km2 (600 m de côté), la superficie totale de la ville étant de 18,18 km2, hors communauté de communes.

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Boutiques abandonnées jusque dans les rues le plus commerçantes, dizaines d’appartements et maisons inhabitées, rues du centre de moins en moins fréquentées. … Comment en est–on arrivé là ? Avant d’apporter quelques éléments de réponse, remarquons qu’Argentan n’est pas un cas isolé. En France, de nombreux centres de petites villes et même de grandes comme Saint-Etienne ou Toulouse connaissent ou ont aussi connu des situations identiques.

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LES CAUSES DONT ON CAUSE

Pour expliquer la déchéance du commerce et la désertification dans les centre-villes, la première cause incriminée est l’implantation à la périphérie des villes de centres commerciaux très «complets» entourant des enseignes de grande distribution. À Argentan les amateurs de ce genre d’endroits sont plutôt bien servis. Un grand «Leclerc» et un «Lidl»tiennent l’entrée Est de la ville, un «Intermarché» l’entrée Ouest (route de Flers), un Carrefour, l’entrée Nord sur la route de Caen. Et puis, les « hypers» entre autres arguments bétonnés comme les «courses Drive», ne proposent ils pas maintenant des parkings couverts et reliés par des passages à la surface de vente ? Des merveilles architecturales qui évitent d’exposer sa surcharge pondérale aux éléments déchaînés durant les quelques mètres qui séparent son automobile de l’entrée de la caverne aux trésors.

En périphérie s’ajoutent aussi de multiples Z.A.C (zônes d’activités commerciales) avec parking ou sévissent diverses franchises de jardinerie, de bricolage, de bazar, de jouets et de magasins «discount» (alimentation, optique). Tout cela est complèté par les versions «drive» des grandes enseignes et même de plus petites, telles que les boulangeries installées dans d’anciennes stations services. Même en ajoutant quelques centaines d’habitants des communes les plus proches, c’est beaucoup pour une ville comprenant 13 698 habitants (source INSEE 2014).

LES CAUSES DONT ON CAUSE… MOINS

À Argentan,comme ailleurs, la concurrence agressive de la grande distribution et des enseignes de Zac, va de pair avec l’inconséquence des autorités territoriales qui ont non seulement laissé faire, mais approuvé ces implantations pléthoriques. Ici, la municipalité est pourtant bien placée pour savoir que la population de l’agglomération ne cesse de baisser depuis la fin des années 1990 et la fermeture des principales «grosses boîtes » telles Moulinex (électroménager : 262 employés), la Mic (matériel de manutention : 292 emplois), la fonderie Waeles (320 employés).  Ces derniers mois, Ghizzo (bâtiment – 42 employés)  et Armcor (fabrication de flexibles: 86 salariés) viennent encore de fermer leurs portes.

 Démographie en baisse

De 17 327 habitants en 1982, la population de la ville (hors communauté) est aujourd’hui descendue au dessous de 14 000. La plupart des ex-salariés encore en âge de travailler ainsi que leurs familles sont allés chercher leur provende sous des cieux plus nourrissants. Dommages collatéraux, cette baisse a entraîné des diminutions d’effectifs, des pertes d’emplois et des fermetures dans des entreprises sous traitantes et des administrations et donc bien entendu aussi dans les commerces.

 Le coût et l’état de l’immobilier commercial

Malgré la chute de la fréquentation, les propriétaires immobiliers ne lâchent rien et continuent d’exiger des loyers commerciaux, des prix de vente ou des reprises de pas de porte, toujours indexés sur la rentabilité des périodes de pleine prospérité. Difficile, dés lors, pour un nouvel entrepreneur de s’installer ou de reprendre «une affaire» en espérant une rentabilité de bon aloi. Ceci d’autant plus que les locaux, peu rénovés depuis les années 1970 nécessitent souvent des réfections et des remises aux normes importantes. Au final, même dans les rues les plus passantes, des boutiques restent vides durant des mois, quand ce n’est pas des années.

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Un habitat de centre… vide

Souvent étroits et assez peu lumineux, bon nombre d’appartements situés au dessus des boutiques ne sont accessibles qu’en passant par celles-ci. S’ils logeaient jadis les commerçants et leurs familles, il y a déjà plusieurs décennies que ce n’est plus le cas. Quand ils ne servent pas de lieux de stockage ou de débarras, ils sont laissés à l’abandon et se dégradent. Dans une société dédiée au tout automobile –d’où la réussite des zones d’activité commerciales- qui veut encore habiter une maison sans garage ni parking attenant, dans une rue ou se garer relève de la corvée quotidienne ?

 Fenêtres sans vie

Fenètre St Germain
Sur la Place Saint Germain, en haut d’un immeuble donnant sur le marché, au dessus d’une crêperie fréquentée, un appartement est vide depuis des années. Sur les fenêtres mansardées, les huisseries pourries par le temps ont perdu leurs vitres, permettant aux volatiles de squatter l’endroit. Ce contre quoi l’on a employé les «grands» moyens».

Argentan a été détruite à 90% à la fin de la seconde guerre mondiale, mais, à la reconstruction, l’urbanisme de son centre ville a repris presque à l’identique le schéma quasi médiéval de ce qu’il était avant le conflit. Résultat, à partir des années 1970, à l’instar des commerçants tous ceux qui le pouvaient, sont partis habiter dans les quartiers périphériques, voir dans les communes environnantes, des lotissements de maisons neuves ou des résidences plus agréables et salubres. Si l’on comptait les appartements et maisons actuellement vides de la ville, le total serait très supérieur à celui des commerces. Fenêtres sales et sans vie, sinon sans vitres et ouvertes à tous les vents et aux pigeons, beaucoup sont aujourd’hui inhabités depuis longtemps.

La responsabilité du consommateur

Parkings 190 places«Moi j’achète mes livres « au Centre Culturel». Par «centre-culturel» il faut entendre l’extension ainsi auto-proclamée de « chez Leclerc », ceci alors même qu’il existe sur la Place Henri IV , deux librairies situées à quelques mètres l’une de l’autre. Parmi les causes, dont on évite de causer trop fort, l’on peut donc citer aussi la responsabilité du consommateur. La principale «excuse» de ce dernier est que l’on ne peut pas toujours se garer devant la boutique. Argentan propose des parkings suffisants. Leur défaut? Ils obligent à marcher, entre cinquante et trois-cent mètres, pour rejoindre les rues les plus commerçantes. Distance négligeable pour la majorité des parisiens, cela semble constituer un obstacle infranchissable en province ou circuler en voiture, même lorsque l’on peut s’en dispenser, constitue une activité statutaire.

POUR CONCLURE

Nous n’avons pas l’ambition en un seul article d’être exhaustifs sur le sujet, répétons le, la situation du centre ville d’Argentan, n’est pas un cas particulier. Elle relève même d’un problème national inquiétant que les politiques (toutes obédiences confondues) ont, à quelques exceptions près, négligé depuis des décennies. Dans son livre «Comment la France a tué ses villes » (éditions Rue de L’échiquier) Olivier Razemon publie une enquête édifiante sur ce qui se passe à Landerneau, Avignon, Calais, Agen, Lunéville etc…Il analyse, entre autres, les causes que nous venons d’évoquer.