LA FLORE DE LA ZONE Avril mai juin 2021

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DIX-SEPT FLEURS SONT PRÉSENTÉES DANS CE TROISIÈME ARTICLE CONSACRÉ  PAR L’ÉTAT DES LIEUX À LA SURPRENANTE DIVERSITÉ  DE LA FLORE SAUVAGE DANS LA ZONE INDUSTRIELLE OUEST D’ARGENTAN.

À partir du début mai, certains endroits des Zones industrielles situées à l’ouest d’Argentan, sont un véritable festival de la flore sauvage printanière. Mais pour  vraiment en profiter, l’épris de  botanique doit se montrer réactif.
L’homo industrialus, s’avère souvent peu enclin à laisser la biodiversité «faire désordre» trop près de ses ateliers. Face à ce foisonnement, pour lui anarchique, il  dégaine promptement tondeuses, faucheuses et débroussailleuses, déchiquetant pêle-mêle, le lotier, les orchis, les ophrys, la silène, le coquelicot, le trèfle, et tant d’autres.
Jusqu’en janvier, voir février, l’hiver 2020-2021 s’est montré très doux . Nombre de plantes, qui devaient s’endormir parfois deux mois plus tôt, fleurissaient encore un peu. Les frimas puissants de la fin de l’hiver (mars et début avril) ont, en quelque sorte remises les pendules biologiques à l’heure. Durant donc plus de deux mois, seules fleurissaient sur la zone quelques rustiques pâquerettes et d’ increvables pissenlits. Puis, à partir de la mi-avril, corolles et capitules ont commencé de reparaître, confirmant nos observations précédentes et nous aidant à identifier des plantes fleuries que nous n’avions pas encore repérées en ces lieux.

LE LOTIER CORNICULÉ
Il fleurit ici de mai à septembre mais c’est au début du printemps que l’on en profite le mieux. Comme dans le reste de ville on le trouve un peu partout sur la zone, tout au moins là ou les débroussailleuses et les coupe-bordure ne l’ont pas rasé. C’est heureusement une plante très solide et qui sait se faire petite la où l’on ne souhaite pas qu’elle soit grande.

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Lotus corniculatus (famille des fabacées) doit son nom à la forme de ses fruits: des gousses droites et allongées s’achevant par une pointe rappelant une corne. Il aime les sol secs et assez riches, les endroits couverts d’herbes basses, les pelouses peu entretenues les talus bas et les bords de route. Il est réputé depuis des siècles en tant que plante fourragère. On le trouve le plus souvent en petit groupes de 5 à 30 cm de hauteur, mais il peut atteindre 50 cm. Le lotier résiste très bien à la sècheresse. Sa vigoureuse racine «pivotante» peut atteindre un mètre de long. Important pour la vie (la survie) des insectes, il nourrit plusieurs chenilles de papillons. De plus grande taille, des variétés cultivées, sont employées pour stabiliser les talus routiers après des travaux.

L’ÉGLANTINE: UNE ROSE SAUVAGE
Le joli nom d’églantine peut désigner plusieurs espèces de roses sauvages très voisines mais présentant quelques différences. Sur la zone industrielle l’espèce la plus présente est celle que l’on baptise le rosier des chiens ou l’églantier des haies. Elle s’invite dans les parterres arbustifs cultivés, le long des grillages entourant les entrepôts et les ateliers, près de la voie de chemin de fer. Partout elle réjouit l’œil en apportant la poésie de ses délicates fleurs pastels.

Rosa Canina.
Rosa canina, arbuste de la famille des Rosaceae, fleurit de mai à juillet. C’est la variété de rose sauvage la plus courante dans nos régions (de l’Afrique du Nord à la Scandinavie et la Russie !) . Elle est la fleur de l’Églantier un arbuste qui, s’aidant de supports tels que d’autres arbres ou des grillages, peut mesurer jusqu’à 5m de hauteur. L’Églantier est  souvent utilisé comme porte-greffe pour réaliser des rosiers horticoles.

LE COMPAGNON BLANC
Nulle surprise à le rencontrer partout ici, car le Compagnon blanc se complait dans les milieux herbeux secs et peu enrichis en élément nutritifs. Là où la main de l’homme n’a pas ou pas encore tondu les pieds, on en trouve d’avril à octobre.

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Le Compagnon blanc ou Silene Latifolia alba (famille des caryo phyllaceae) est une fleur dioïque. C’est à dire que les pieds femelles sont séparés des pieds mâles. Fermées le matin, les fleurs s’ouvrent pleinement  vers la fin de l’après-midi et attirent surtout les insectes pollinisateurs nocturnes (papillons de nuits). Le Compagnon blanc pousse facilement sur les talus des routes, les friches herbacées, les bords des chemins. Un pied peut fournir jusqu’à dix fleurs, ce qui sur un terrain donne vite l’impression d’abondance.

 VIPÉRINE COMMUNE
C’est la plante à fleurs bleues qui entoure un coquelicot sur la photo d’ouverture de cet article.  Elle trouve son habitat sur les friches, les terrains vagues secs, les bords de routes, les tas de cailloux, les remblais. Elle résiste fortement à la sècheresse. C’est donc une espèce parfaite pour re-végétaliser rapidement des zones déshéritées sur ce plan.DSC_4433 copie 2

LA CHÉLIDOINE  (Herbe aux verrues)
Sur la zone il s’en trouve sur à peu près toutes les parcelles, et surtout aux abords des bâtiments (murs, constructions diverses). Les guides (voir chapitre Liens) ne disent ils pas d’elle : «Très commune partout et surtout près des habitations humaines ou dans les boisements perturbés par l’homme, la chélidoine demande des sols caillouteux.» (L’Indispensable guide de l’amoureux des fleurs sauvages- Éditions Belin).

Chélidoine
Chélidonium majus (famille des papaveracées) est bien connue pour la capacité de son jus orange laiteux à soigner les verrues. Cependant cette même substance est dangereuse pour les yeux, dans le cas de certaines allergies et brûle la peau saine autant que les tumeurs. Très toxique, elle ne doit en aucun cas être absorbée. Plus poétique: le nom de «grande éclaire» lui était jadis donné parce que ses fleurs jaunes très lumineuses, telles de petits soleils annonçaient la belle saison.

LE COQUELICOT
Comme  dans la campagne alentour, entre mai et juin il pousse un peu partout, isolé ou en nombre, dans la zone. Certaines années, un magnifique parterre très dense embellit la très austère entrée du Tri-Postal. En ce printemps 2021, cette flamboyance n’a hélas pas eu lieu. Laissant en lieu et place une triste et ennuyeuse pelouse pelée. La faucheuse lui a trop tôt coupé l’herbe au niveau du pied.

Coquelicot
Papaver rhoeas (famille des papaveracées) est devenu, grâce aux publicités pour le parfum Kenzo un symbole de l’élégance et de la beauté. Jusque là, il avait surtout été celui du souvenir des anciens combattants de la première guère mondiale. Des feuilles à la graine, ses utilités sont multiples. Il n’est guère que les céréaliers pour le considérer comme nuisible, au prétexte qu’il nuirait au rendement de certaines de leurs cultures. Mais en fait de nuisance, le coquelicot est-il vraiment plus nuisible pour tout un chacun, agriculteurs compris, que toute l’agrochimie développée pour tenter de l’éliminer? Vaine tentative d’ailleurs car en divers endroits des chercheurs ont constaté que cette plante à l’apparence si douce et délicate est en fait très pugnace et a réussit à muter pour résister aux divers produits avec lesquels on voulait l’empoisonner (avec le reste de la planète en guise de dommage co-latéral). Les photographes, les graphistes, les peintres (voir Claude Monet), les poètes, peuvent donc se réjouir, le coquelicot n’est pas près de s’éteindre. Ceci d’autant plus qu’un pied de coquelicot peut produire chaque année plusieurs millier de ses minuscules graines.

L’AUBÉPINE
Le moins que l’on puisse dire est que les zones industrielles et commerciales de l’ouest d’Argentan ne sont pas très arborées. Ce, ni en arbres ni en arbustes, même si ces derniers notamment de culture y sont plus nombreux. Parmi ceux-ci, (avec l’aide du vent, d’insectes ou d’oiseaux), quelque hasard tant bienfaiteur que malicieux, à  inséré plusieurs buissons d’aubépine blanche.

Aubépine-abeille
Crataegus (famille des rosaceae) est un incontournable des haies normandes. Tout au moins de ce qu’il en reste après les remembrements et abattages excessifs. Tant par sa floraison abondante qui alimente les abeilles et des dizaines d’autres insectes que par ses baies qui nourrissent les oiseaux, elle compte parmi les espèces le plus profitables à la biodiversité. Loin d’être inutile pour l’homme, ses fruits peuvent être cuits en compotes, confitures et gelées, seuls ou avec d’autres fruits. Son bois très résistant servait à confectionner des manche d’outils. Avant que l’on ne fabrique des molécules de synthèse, entre la fin du XIXe et la moitié du XXe siècle, l’aubépine était très utilisée pour soigner les maladies cardiaques. Au début du printemps, l’Aubépine qui n’est alors pas plus feuillue que fleurie est souvent confondue avec le prunellier(arbuste épineux à petites fleurs blanches et abondantes). Pour éviter cette confusion, il faut se souvenir que le prunellier, premier arbuste des haie à fleurir (avril-mai), offre sa floraison avant l’arrivée des premières feuilles. L’aubépine ne fleurit qu’entre mai et juin lorsque les  feuilles  de l’année sont toutes déjà sorties et bien développées.

L’OPHRYS ABEILLE
Sur la Zone, cette orchidée sauvage fleurit entre mai et juin. Nous avions repéré les années précédentes des stations ou il s’en rencontre plusieurs pieds au mètre carré. Hors, en ce printemps 2021, les tondeuses sont intervenues beaucoup trop tôt. Et seuls quelques endroits, dits mal entretenus, nous ont permis de photographier cette merveille, en compagnie d’autres orchis (voir suite de l’article).

Ophrys abeille
Sans être très courant, Ophrys apifera  (famille des Orchidaceae) n’est pas vraiment rare en France. Mais il fait tout de même partie des espèces protégées par l’Union Européenne. La forme et la couleur de son labelle son conçus pour être confondues par l’abeille mâle avec celles d’une abeille femelle. De celle-ci l’ophrys apifera imite aussi l’odeur. Encore plus astucieux, si les pollinisateurs n’ont pas rempli leur office, la fleur pratique l’autofécondation en s’aidant du vent par exemple.

L’ORCHIS BOUC
Beaucoup plus courant, adaptable et visible que l’ophrys abeille, l’orchis bouc très présent dans la zone commence tout juste à développer sa partie aérienne entre la fin avril et la mi-mai. Si sa situation le préserve des tontons tondeurs, il pourra atteindre un mètre de haut et proposer jusqu’à 80 fleurs.

Orchis Bouc
Ce spécimen d’Himantoglossum hircinum (famille des orchidaceae) photographié courant mai devant le grillage de la société Agrial, commence tout juste à former ses boutons. La plus grandes de nos orchidées sauvages affectionne les sols calcaires entre secs et un peu frais, les pelouses sèches, les sous bois clairs, les friches. En pleine floraison elle dégage une odeur qui peut rappeler le bouc mais s’approche plutôt du brûlé. Cela ne se sent vraiment qu’en approchant très près de la fleur.

L’ORCHIS PYRAMIDAL
Nombreux sur la zone entre avril et juin, il pousse le plus souvent sur les mêmes stations que les deux orchidées sauvages précédentes. En raison de ses teintes variant du rose assez vif au pourpre, c’est même lui qui, le plus souvent, sert de balise pour repérer les orchis bouc et les plus confidentiels ophrys.

Orchis pyramidal
Anacamptis pyramidalis appartient à la famille des orchidaceae. La fécondation est le plus souvent effectuée par les papillons à la trompe desquels s’adapte La forme des fleurs . En milieu de floraison, la forme pyramidale s’ovalise, d’où le nom parfois donné d’orchidée «queue de renard». À pleine maturité la plante peut atteindre jusqu’à 50 cm de hauteur.

NAVET du DIABLE (la bryone dioïque)
Sur la zone, cette plante grimpante au petites fleurs vert clair s’accroche, en divers endroits, à des arbustes et des grillages. Des stations qu’elle partage parfois avec la clématite des haies. La bryone dioïque est assez toxique, les fleurs se transformeront en petits fruits rouges sur lesquels les enfants doivent être mis en garde.

Bryone dioïque
Photographiée le long du grillage d’une usine fermée depuis quelques années, cette petite fleur (6 à 15 mm) de bryone dioïque (bryonia dioica) nous informe qu’il s’agit d’un pied mâle. Le qualificatif « dioïque » indique que pour cette plante de la famille des cucurbitacées (melons courges, pastèques etc…)les pieds mâles sont séparés des pieds femelles. Mais rappelons que ses petits fruits rouges sont toxiques (vomissements, diarrhées) 15 d’entre eux peuvent tuer un enfant et une quarantaine un adulte. Le reste de la plante ne vaut pas beaucoup mieux. L’origine de ses divers noms populaires peu flatteurs, est sans doute à rechercher là. La plante adulte peut atteindre plus de 5 m de longueur.

LE TRÈFLE DES PRÉS
Pelouses, talus, friches, herbus entre le trottoir et les clôtures, à l’intérieur comme à l’extérieur des parcelles… Le trèffle pousse partout où la terre est assez bonne pour l’accueillir. Censé fleurir en juin, les premières fleurs sont apparues ici cette année avec un bon mois d’avance. Quand à savoir s’il descend de variétés cultivées ou de pieds sauvages, ceci est peine perdue tant il en existe d’hybridations voulues ou non.

Trifolium Pratense
Trifolium pratense (famille des fabaceae) est très présent partout en saison, tellement commun donc, , que l’on oublie de bien la regarder, d’apprécier son nuancier subtil de rose et de mauve. C’est une plante importante, et même capitale en milieu urbain, pour la survie des bourdons et des papillons. Ces insectes possèdent une longue langue ou trompe qui facilite la captation du nectar dans toutes ces petites fleurs profondes et étroites qui constituent cette boule que nous voyons de loin. Le trèfle est souvent cultivé comme plante fourragères et de nombreuses variétés ont été développées. Cela ne se sait plus trop aujourd’hui, hormis chez les passionnés de botanique, mais le trèfle est comestible aussi pour l’humain. Tant sa fleur que ses tiges entrent dans la composition de salades et de soupes. Nous déconseillons toutefois de consommer quelque plante que ce soit, si elle a été prélevée dans une zone industrielle.

LA LUZERNE LUPULINE
Dans la zone on la trouve partout aux abords des bâtiments , sur les trottoirs gercés, les terrains ou d’anciens bâtiments ont été rasés, les remblais. Malgré l’aspect fragile de ses petites boules de fleurs, c’est une plante robuste et rustique. Résistante à la chaleur comme au froid, tout comme son cousin le trèfle, elle sait se faire petite pour s’adapter aux tontes répétées.

Luzerne lupuline
Riche en nectar, Medicago Lupulina (famille des fabacées) est une plante des plus utiles pour les pollinisateurs (bourdons, papillon). Ceci d’autant plus qu’elle fleurit longtemps (mars à octobre) et pousse facilement sur des terrains calcaires secs. On l’y utilise d’ailleurs, sous ses formes cultivées, comme plante fourragère, comme engrais vert et pour enrichir le sol en azote.

LE GÉRANIUM des PYRÉNÉES
Malgré son nom, il n’a rien de spécifique aux célèbres montagnes du sud de la France et du Nord de l’Espagne. Sur la zône, il croit et multiplie partout où la terre lui convient.

Geranium pyrenaicum
Bien qu’il puisse pousser jusqu’à 1900 m d’altitude, Geranium pyrenaicum (famille des geraniaceae), n’est pas une plante de montagne. Il pousse aussi très bien, et en nombre, en plaine sur les «sols argileux et riches en azote » nous disent les guides (voir chapitre Liens). La plante entière peut atteindre 50 cm de hauteur. Chaque tige propose deux petites fleurs de 1 à 2 cm de diamètre. Les photographier a nécessité d’ajouter une lentille «+10» a un objectif macro de 80 mm et une bonne dose de patience car ce jour là était particulièrement venté.

LA POTENTILLE RAMPANTE
Elle fleurit sur la zone en temps et en heure, soit à partir du début juin. Elle s’y contente facilement des endroits secs qu’elle partage parfois avec l’Orpin âcre (voir ci-après) et peut y former un couvre sol efficace.

Potentille
Potentilla reptans appartient à la famille des rosacées elle est aussi appelée quintefeuille. Ceci fait référence à ses feuilles divisées en cinq folioles. Assez fréquente cette plante apparait entre mai et juin. Si ramassée dans la nature, loin des cultures agrochimiques (et des zones industrielles!), ou cultivée dans un jardin, c’est une plante comestible de la racine jusqu’à la fleur. Les tiges séchées entrent dans les préparations d’herbes aromatiques. La racine assez volumineuse se consomme après cuisson, comme un navet ou une carotte. Comme le fraisier elle produit de longs stolons qui s’enracinent pour former de nouveaux pieds.

LA VESCE COMMUNE
Lorsque les Atila de service n’ont pas encore sorti les gros sabots de leur chevaux moteur, la vesce commune est assez fréquente sur la zone industrielle. Grimpante, elle déploie ses élégantes tiges et vrilles partout où elle peut s’accrocher.

Vesce commune
Vicia Sativa est une plante grimpante fourragère de la famille des fabacées. Cultivée à l’origine elle s’est naturalisée un peu partout dans les champs, sur les bords de chemins, au pied des haies. Sa partie aérienne peut atteindre 70 cm de hauteur. Les racines hébergent certaine bactéries et leur fournissent diverses substances organiques. En retour les bactéries captent de l’azote pour la Vesce qui l’emploie à synthétiser ses protéines. Mellifère et pouvant générer une biomasse importante, la vesce commune possède aussi l’intérêt d’être comestible, ce que savaient déjà les êtres humains du néolithique.

LE SEDUM ÂCRE (ou Orpin âcre)
« L’Orpin âcre est très commun partout et colonise particulièrement les lieux arides en plein soleil sur des substrats pauvres caillouteux ou sableux.» Nous explique L’Indispensable guide de l’amoureux des fleurs sauvages (Éditions Belin). De fait, cette jolie plante grasse pousse ici en colonies parfois assez étendues sur les trottoirs, près des bordures de ciment et en bien des endroits où l’on imagine pas que quoi que ce soit d’autre puisse pousser.

Sedum âcre
Sedum acre (famille des Crassulacées), est parfois aussi nommé Orpin brûlant. Est-ce dû à sa floraison foisonnante d’un jaune irradiant ou à sa capacité à pousser dans des endroits arides et pauvres en nutriments ? À moins que cela n’exprime son goût piquant et son caractère vénéneux. les tiges développées de cette vivace naine peuvent atteindre 15 cm, la fleur mesure entre 12 et 18 mm de diamètre.

LIVRES ET LIENS
Les informations contenues dans cet article ne sortent pas de notre chapeau. Afin de compléter nos propres observations nous effectuons des recherches sur de nombreux sites en ligne et recoupons toujours à l’aide de plusieurs ouvrages imprimés.
LIVRES
300 Plantes Comestibles collection Les indispensables Delachaux, édité en 2018 par Delachaux et Niestlé, prix: 14,50 €.
Pratique et bien conçu et illustré, ce guide répertorie les 300 principales plantes sauvages comestibles d’Europe et indique la manière de les consommer et la période pour ce faire.
L’Indispensable Guide des Fleurs Sauvages «Reconnaitre 300 fleurs sauvages sans erreur», édité en 2016 par Belin. Prix 18 €
Pratique, bien documenté, facile à emporter dans une musette ou un sac à dos, ce petit guide porte bien le qualificatif d’indispensable.
Quelle est donc cette fleur? Avec 1200 planches dessinées, cet ouvrage édité chez Fernand Nathan en 1975 (réédité depuis) est une bible. Lorsqu’une plante n’est pas répertoriée dans les deux précédents, elle l’est presque à coup sur dans celui-ci. Ce même si lui aussi oublie parfois des plantes pourtant courantes et répertorie comme rares de plantes qui ne le sont pas.
SUR LE WEB ou le smartphone
Nous consultons pour chaque plante un assez grand nombre de sites. Cependant les trois ci-dessous comptent parmi ce qui se fait de plus sérieux.
Wikipédia: Ce site contributif est de plus en plus précis et difficile à prendre en défaut. Il cite ses sources imprimées ou numériques, ce qui est honnête et précieux.
Jardinage.lemonde.fr: C’est le site jardinage du quotidien Le Monde. À partir du moment où l’on a identifié la plante, la documentation est le plus souvent copieuse et précise à l’image du grand journal qui l’édite.
abiris.snv.jussieu.fr rien de tel pour recouper les informations venues d’autres sites que celui-ci. Il est édité par la prestigieuse université de la Sorbonne et décrit, photos à l’appui, une plante de la fleur à la racine. C’est précis et didactique mais il faut déjà avoir une idée de ce que l’on cherche.
PlantNet: Ce média contributif, sans être infaillible, est tout de même très efficace. Une fois l’application chargée sur le smartphone et activée, il propose de faire une photo (propre) d’une fleur, d’une feuille, d’un fruit, d’une écorce. On peut aussi lui envoyer via un ordinateur et un téléphone une image réalisée avec un autre appareil. Ensuite, il effectue une ou plusieurs propositions à comparer et à valider. Il est rare de ne pas pouvoir identifier ce que l’on a trouvé.

 

LA TRÈS CLANDESTINE

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MARS, AVRIL, MAI, INDIQUENT LES GUIDES, S’AGISSANT DE SA FLORAISON. NOUS AVONS RENCONTRÉ LA LATHRÉE CLANDESTINE, PLANTE ASSEZ RARE, LE 21 AVRIL 2021 PRÈS DU RUISSEAU LA TABERGE, SUR UN CHEMIN DE RANDONNEE TRAVERSANT LA COMMUNE BRETONNE DE SAINTE-ANNE-SUR-VILAINE.

 « Tu vas voir, ce parcours sympa fait partie du « Circuit des Palis », indique mon guide Rémy Martin, récent habitant de Sainte-Anne sur Vilaine. « Cela commence juste au coin du jardin ». C’est un chemin creux et ombragé longeant parfois des vergers de pommiers et de cerisiers, nuages de fleurs roses ou blanches survolant des tapis d’herbes hautes et grasses.
Pissenlits, boutons d’or, primevères élevées ou officinales, violettes des bois et pervenches illuminent les talus. Par places fleurissent aussi l’alliaire officinale et la cardamine des prés. Des touffes de colza, proviennent sans doute de quelques graines empruntées par le vent lors des semailles. De l’autre côté des haies des mers jaunes ondulent irradiées de soleil sous l’azur limpide. Au détour du chemin, un petit pont franchit la Taberge (petit affluent de la Vilaine) et, surprise ! Durant trois ou quatre mètres, une colonie foisonnante de «pétales» violets semblant sortir directement du sol, borde le sentier.

 UNE BELLE RENCONTRE

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La Lathrée Clandestine est plutôt rare mais foisonne parfois localement «sous forme de colonies exubérantes » (Indispensable guide de l’amoureux des Fleurs Sauvages-Editions Belin)

Sauf au hasard de nos lectures d’ouvrages spécialisés (voir chapitre livres et liens) nous n’avons jamais rien vu de semblable. La consultation de Plantnet.com nous informe qu’il s’agit là de la Lathrée Clandestine. Au retour, les guides indiquent et que, tout au moins en France, c’est une chance bien rare d’avoir rencontré cette surprenante plante de la famille des orobranchaceae. La Lathrée Clandestine pousse aussi en Belgique et aux Pays–bas ou elle n’était pas endémique, et serait nettement plus présente en Angleterre où elle à été cultivée pour ornementer les jardins. De là elle a aussi été introduite en Nouvelle Zélande ou elle était inconnue.

PARASITE SANS CHLOROPHYLLE (Holoparasite)
En effet, si elle peut être commune —très— localement, elle est surtout présente dans un grand tiers ouest, centre ouest, et sud-ouest de la France et en Auvergne dans la vallée de la Sioule. Elle y apprécie les bords de rivières humides, ombragés et très frais ou les crues de l’hiver déposent régulièrement des alluvions riches en nutriments.

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De Mars à Mai, la Clandestine (Lathraea Clandestina) produit d’insolite grandes fleurs de 6 à 10 cm de hauteur, semblant sortir directement du sol.  C’est un spectacle naturel rare et fascinant pour qui a la chance de pouvoir y assister.

Racines de saules, peupliers frênes ou aulnes, noisetiers… Totalement dépourvue de chlorophylle, Lathraea clandestina se nourrit en majeure partie de la sève d’autres végétaux. Pour ce faire, les extrémités de ses racines sont équipées de suçoirs ! À partir de la fin mai ou du début de juin, selon les sites, avant de sécher sa partie aérienne disparaitra sous la végétation environnante. La plante expulse ses graines assez loins et elles peuvent être transportées ailleurs lors de nouvelles crues. Pour peu qu’elles soient déposées en un lieu propice, une nouvelle touffe prendra naissance, mais il faudra 10 ans pour en apercevoir les premières fleurs.

LIVRES ET LIENS
Pour documenter nos photos et compléter nos observations nous avons consulté plusieurs sites et ouvrages dont les informations se recoupent.
LIVRE
L’indispensable guide de l’amoureux des fleurs sauvages : Éditions BELIN
LIENS WEB
https ://www.zoom-nature.fr/la-clandestine-cache-bien-son-jeu/Un article très complet et bien illustré à lire absolument si l’on souhaite aller au delà de la simple découverte que nous proposons.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lathraea_clandestina
Complète et recoupe le précédent.
Pl@ntnet : Ce site contributif, accessible via une application pour smartphone, nous à permis de connaître in situ le nom de la Lathrée pour effectuer des recherches ultérieures.

LES CHEMINS DE LA HAGUE Le Chemin du Val

Une porte vers ailleurs
Une porte vers ailleurs… En été, l’entrée du Chemin-du-Val invite à une promenade qui ne manquera pas d’agréables surprises.


À HERQUEVILLE,  PETIT VILLAGE DE LA HAGUE, POINTE EXTRÊME DU NORD COTENTIN, LE CHEMIN DU VAL, ASSURE UNE LIAISON DÉPAYSANTE ENTRE LE VILLAGE ET LE SENTIER DES DOUANIERS.

Presqu’île rocheuse et ventée, tel un index pointé vers l’Angleterre, la Hague, termine le Nord Cotentin (département de la Manche). Le climat y est océanique. Même avec le réchauffement climatique, la moyenne des températures estivales (juillet-Aout) ne dépasse pas souvent les 25 °. La météorologie y change au quotidien. En fonction des marées, la pluie et la brume peuvent endeuiller la matinée, quand l’après-midi un soleil radieux illumine les roches et les bruyères, jusqu’au soir. Emporter en permanence un équipement de pluie constitue une précaution élémentaire en toutes saisons. Cependant, durant notre séjour, entre le 22 et le 28 Aout 2020 , à Herqueville, nous avons effectué de longues randonnées pédestres sans avoir à utiliser les imperméables. 

HERQUEVILLE
Dominé par l’église Saint-Michel entourée d’un petit cimetière, c’est un petit village propret peuplé de seulement 153 habitants et dépourvu de tout commerce de proximité. La majorité de l’habitat y est ancien à très ancien.

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Austère et d’inspiration romane, l’église Saint-Michel est une reconstruction de 1785.

Installation de l’usine de retraitement nucléaire de Jobourg (à 2 km) oblige, un lotissement de maisons récentes (années 70-80), toutes identiques, très impersonnelles et sans la moindre recherche d’intégration, contraste fortement avec le reste des maisons de pierre typiques de la Hague. La plupart, restaurées ou rénovées présentent bien. Elle voisinent parfois avec quelque bâtisse en déshérence, sinon en ruine, aux huis vides et aux jardins saturés de lierres et de ronces. Certaines de ces ruines sont des chantiers de rénovation délaissés.  

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Huis vides, jardin saturé de ronce et de lierre… Dans Herqueville, quelques propriétés en déshérence voisinent avec des maisons anciennes pour la plupart coquettement rénovées. 

RUE DU VIEUX PÊCHEUR
Le village se situe sur les hauteurs à environ 154 m d’altitude moyenne, à l’entrée d’un vallon encaissé creusé par un micro fleuve: le Ruisseau du Val. Pour descendre dans cette vallée par la «rive droite», l’on prend le Chemin du Val. Aucune indication n’est donnée dans le village. Sans être impossible, la rencontre d’un habitant, susceptible de vous renseigner, reste pour le moins hypothétique. Sinon quelque chien ou chat musardant, il est possible de passer plusieurs jours ici sans croiser âme qui vive. Tout juste apercevra-t-on un «voisin» rentrant du travail ou de virée. Une voiture s’arrête, un portail grince, un moteur ronfle puis se tait, une portière claque, le portail se referme. Ici, chacun vit derrière ses murs. Le chemin du Val, en l’absence d’un topoguide, d’un GPS ou d’une carte IGN appropriés, c’est lorsque l’on s’y trouve que l’on sait qu’on y est. Nous l’avons donc déniché au pifomètre, en suivant les rues descendantes dont la Rue-du-Vieux-Pêcheur. 

ANCIENS JARDINS
 Le chemin du Val descend d’abord en courbe le long du coteau puis débouche dans la vallée. Mais avant cela, il longe d’anciens jardins où la nature a repris ses droits.

Herqueville-Manche-Anciens jardins
Des hortensias, des figuiers, un palmier… Une centaine de mètres après son entrée, le chemin du val longe d’anciens jardins

À main droite, une étroite grimpette interrompt le muret.  Elle conduit à une trouée dans la haie fermée par une archaïque barrière de bois grisonnant. C’est l’entrée d’un jardin privé. Cultivé en terrasse à flanc de colline, il voisine avec un verger de pêchers. Derrière le muret de gauche, quelques dizaines de mètres avant le bassin, un palmier émerge de la végétation sauvage. Quelque bonne âme a débroussaillé ses abords, nous l’offrant à voir, et lui évitant d’être étouffé.

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Dans des anciens jardins, repris par la végétation sauvage, une âme bienveillante a «nettoyé» autour de ce joli palmier.

VÉGÉTAUX EXOTIQUES
Quelques pas plus loin un pêcher, un figuier et des hortensias le disputent aux plantes sauvages grimpantes, aux ronces et aux orties. Là aussi, une main secourable a officié pour leur limiter la promiscuité. Avant d’être laissé à l’abandon,ce lieu  devait être un  joli jardin.  Venu sur le vent ou transporté par quelque animal, un unique pourpier resplendit sur le muret.

Pourpier de Cooper
Prêt à s’ouvrir lors de notre passage, ce lumineux pourpier de Cooper (Delosperma cooperi) est un «échappé de jardin» qui poussait là sur le muret.

Descendue sans doute des espaces paysagers du village où elle vit en nombre, une vipérine des Canaries sort d’entre les pierres empilées.

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À Herqueville (50) Des espaces paysagés publiques aux jardins privés, des Vipérines des Canaries (echium pininana ou pinifolium) poussent partout. En floraison cette plante de la famille des borraginaceae peut atteindre 3m de hauteur.

Dans la Hague, les hivers sont doux.  Avec des moyennes de quatre à sept degrés pour le mois de janvier et pourvu de trouver des lieux ensoleillés et abrités du vent, nombre de végétaux exotiques ou endémiques de contrées plus chaudes s’acclimatent assez bien ici. Situé à quelques kilomètres d’Herqueville, le Jardin Botanique du Chateau de Vauville présente plus de 1000 plantes originaires de l’hémisphère austral.

SILLON DE VERDURE
Rongée de ronces, la ruine d’un petit bâtiment de pierre  marque  l’angle de cette friche. Là, le Chemin du Val rencontre  un sentier perpendiculaire. Une fontaine ponctue le cours du ruisseau.

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À la sortie d’anciens jardins, le Ruisseau du Val se fait fontaine.

En d’autres temps, cet endroit frais et charmant servait peut-être d’abreuvoir ou de lavoir. Entouré de carreaux de schiste, le bassin est apprécié des randonneuses et des randonneurs. Beaucoup se déchaussent pour s’y baigner les pieds. Même en plein été, frileuses et frileux s’abstenir ! Tout près, une gunnera ajoute une note exotique.

Gunnera Herqueville Manche
La Gunera Manicata est une plante originaire du Brésil. Cette rhubarbe géante, comme on l’appelle aussi, fait toujours un effet… bœuf. En réalité elle n’appartient pas à la même famille et n’est pas comestible.

Au sortir du bassin, le micro fleuve reprend à travers les herbages sa descente vers la mer.  Vu du chemin qui le file à flanc de vallon, ce n’est bien souvent qu’un un sillon caché par la verdure qu’il abreuve. Lorsque l’on contemple les vallées et vallons côtiers de la Hague à partir des sommets, on n’aperçoit que très rarement l’eau, son passage est surtout marqué par la différence de végétation. Ceci est encore plus criant lorsque les lieux ne sont plus utilisés comme pâtures.

DÉPAYSEMENT
Plus le Chemin du Val s’éloigne du village, vers l’Anse des Fontenelles, plus le randonneur se sent évoluer dans quelque vallée montagnarde. L’ impression se confirme lorsque le regard se porte là haut vers les Rocs à Bruyère.

Chemin du Val-Herqueville-Manche
Impression montagnarde. Le Chemin du Val dominé par les Rocs à Bruyères.

Ces rochers nus se détachent sur le ciel et terminent une pente plus que raide, couverte de grands à-plats mauves de bruyère fleurie, moirés par la course rapide des nuages devant le soleil. Tout au long de cette trop courte semaine où nous avons séjourné ici, ce dépaysement nous a envoûté lors de chacun de nos passages sur ce parcours conduisant au «Sentier des Douaniers».

LES CHEVAUX PAISSENT AU PIED DES MONTS

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Allez savoir pourquoi d’aucuns littérateurs ont surnommé La Hague, «La-Petite Irlande»… À l’arrivée à l’Anse des Fontenelles, je me suis retourné pour regarder le chemin parcouru et là, m’est revenu ce vers d’Arthur Rimbaud: « L’amour infini me montera dans l’âme».

Lorsqu’il arrive aux Fontenelles, le val s’élargit un peu, le ruisseau traverse de petites prairies délimitées par des murets de pierres, donnant l’impression d’être quelque part en terre irlandaise. Le cours d’eau n’a pas d’estuaire. Du haut d’une falaise de 22 mètres, il descend sur la grève dans laquelle il disparaît. Au dessus de la petite «gorge» qu’il a creusé, une passerelle de bois assure la continuité du fameux Sentier des Douaniers.

Sentier des Douaniers-Herqueville-Manche
Ici, aux Fontenelles, se termine le Chemin du Val. La passerelle de bois enjambe la fin du Ruisseau du Val qui, 22 mètre plus bas, se perd sur la grève.

C’est un endroit émouvant ou il est difficile de décider de ce que l’on voit de plus beau: la Manche sur laquelle se pourchassent les ombres des nuages, ou, en se retournant, ce val avec les chevaux paissant au pied des monts.

La Manche-Les Fontenelles-Herqueville
Spectacle superbe et changeant surprenant lorsqu’on est pas du cru, les ombres des nuages se détachent en bleu sombre sur la mer scintillante, évoquant parfois de fantomatiques affleurements rocheux.

Ici, le sentier côtier, qui permettait jadis à la douane de surveiller la contrebande avec les Îles Anglo Normandes, part au sud vers Herquemoulin et au Nord vers l’anse des Moulinets et le Nez de Jobourg, des lieux dont nous aurons l’occasion de reparler lors de prochains articles.

LA FLORE DE LA ZONE (Suite)

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À LA RECHERCHE DE PLANTES SAUVAGES ENCORE FLEURIES EN CE DÉBUT D’HIVER, DEPUIS NOVEMBRE, L’ÉTAT DES LIEUX PROSPECTE LES ZONES INDUSTRIELLES ET COMMERCIALES SITUÉES A L’OUEST DE LA VILLE D’ARGENTAN. AINSI QUE NOUS L’AVIONS MONTRÉ LORS D’UN PRÉCÉDENT ÉPISODE CET ENDROIT RECÈLE UNE ASSEZ BELLE DIVERSITÉ VÉGÉTALE.

«Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage»… À la recherche d’un endroit convenant pour réaliser la photo d’ouverture du premier épisode* nous avons découvert le Mélilot Blanc. Nous sommes passés cent fois devant cette friche miteuse sans trop penser à chercher s’il pouvait s’y trouver quoi que ce soit d’intéressant. Hors, cette plante s’avère très peu présente ailleurs dans le reste de la zone quand ici elle foisonne. De quoi exciter notre curiosité. Mais attention certains ont l’instinct de propriété chatouilleux et apprécient peu que l’on vienne piétiner leurs terrains vagues.

PROPRIÉTÉ PRIVÉE
«Je peux savoir ce que vous faites là ?» À genou et concentré sur la prise de vue  d’une inflorescence d’origan, nous n’avons pas entendu, la voiture stopper. Nous sursautons presque. « Vous le voyez, je photographie des fleurs». Incrédule, la femme, considère le reflex Nikon avec suspicion:  « Vous savez que c’est une propriété privée ici ? ». La «propriété privée» en question est un no man’s land négligé depuis des lustres, ou les plantes poussent parmi des gravats près de tas d’emballages (débris de palettes, blocs de polystyrène, lambeaux de film plastique) et de résidus de déconstruction. Ceci, à deux pas de la déchetterie inter-communale où ils devraient avoir été déposés. 

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Depuis la publication de cet article, le 5 janvier 2021, les déchets d’emballage ont été retirés. Les tas de gravats et de débris de couverture (tuiles etc…) sont toujours là. Il semble que cela soit la fonction première attribuée à ce terrain par son propriétaire.

Il est difficile d’imaginer qu’un terrain vague ressemblant à une semi décharge, situé en bord de rue, sans clôture ni panneau explicite, puisse être un endroit «interdit». Nous le faisons remarquer à cette personne qui ne s’est d’ailleurs pas présentée avant de nous interpeller. « Mais s’il y avait des barrières, vous n’entreriez pas ? ». Effectivement, nous n’entrerions pas. « Vous n’avez pas vu les bornes ? » Elle désigne ainsi les plaquettes ovales en plastique délimitant les parcelles (voir photo d’ouverture). « Je vais vous demander de partir ». C’est la seconde fois déjà depuis que nous braquons nos objectifs sur la flore de cette zone. Quelque chose dans, ou sur, ces terrains serait-il compromettant ? Ou bien est-on seulement imbu de son statut de propriétaire?  En attendant une hypothétique réponse, intéressons nous plutôt à quelques plantes dont nous n’avions pas parlé lors de la première partie de cet article.

LE MÉLILOT BLANC
Pourquoi une plante est-elle fortement présente sur un point particulier de la zone et fort peu ou pas du tout, partout ailleurs? En pleine campagne on chercherait l’explication dans la nature particulière du sol et la manière dont il est drainé, l’exposition,  l’altitude. Dans cette zone, la majorité des sols sont constitués de remblais de toutes natures et provenances. En la quasi absence de végétation haute et avec l’espacement des bâtiments la luminosité sur les parcelles dégagées est assez importante  tout au long de la journée et les déclivités négligeables.

Inflorescence de Mélilot Blanc
Le Mélilot blanc ou Melilotus Albus, plante de la famille des fabaceae pousse facilement sur les bords de chemins, les remblais de chemin de fer, les décombres pierreux. Mellifère, cette plante peut être utilisée pour stabiliser les sols. Comestibles, ses jeune feuilles et ses fleurs agrémentent les salades et les pâtisseries. Elle ne doit cependant être consommée qu’en petite quantité car elle contient de la coumarine, substance utilisée en pharmacie comme anticoagulant.

Le terrain, sur lequel nous avons trouvé cette petite colonie, a longtemps servi à stocker des grumes pour une scierie fermée depuis plus d’un an. Des graines de mélilot blanc ont peut être été transportées là via les véhicules convoyant ce bois. La décomposition des déchets d’écorces et de sciage a formé un humus propice à la germination. Contrairement au Séneçon du Cap *, avec lequel il cohabite, le Mélilot fructifie comme le Genêt sous forme de cosses contenant de petites graines. L’emplacement est entouré de divers bâtiments le coupant les vents du sud, et de l’est et empêchant les autres (ouest dominant) même très forts d’emporter beaucoup de ces graines ailleurs. À maturité, la plupart tombent à quelques centimètres du spécimen qui les a produit. Dans la mesure où nous n’avons trouvé que quelques très rares pieds très isolés dans d’autres secteurs, cela peut indiquer aussi qu’il existe peu de liaisons entre cette parcelle et le reste de la zone. Les pieds de mélilots blanc rencontrés ailleurs, pouvant aussi provenir d’autres lieux. De nombreuses remorques de «déchets vert» passent sur la rue en direction de la déchetterie.
* La Flore de la Zone:  https://letatdeslieux.blog/2020/11/30/__trashed-2/

LE CHARDON DES CHAMPS
Tout comme les divers séneçons et le pissenlit, le Chardon commun produit en très grande quantité des graines légères munies d’aigrettes. Le plus modeste zéphyr peut les transporter sur des kilomètres.

Chardon commun
Le Chardon des Champs ou Cirsium arvense, est une plante de la famille des astéracées. Malgré son nom vernaculaire et ses feuilles épineuses ce n’est pas un chardon mais un cirse, reconnaissable à ses tiges dépourvues d’épines. Grâce à ses rhizomes très denses, le Chardon des champs s’étend vite : un seul pied peut coloniser 1,5 m² par année. Les nombreuses et très légères graines ou akènes à aigrettes volent parfois très loin. un chardon peut en générer 4 à 5000 chaque année.

 Une fois en place il utilise aussi son réseau de racines (rhizomes) pour générer de nouveaux pieds. Il n’a donc aucun problème pour ensemencer partout dans le secteur, de quoi faire enrager les paysagistes municipaux comme les jardiniers privés. Le spécimen dont nous montrons l’inflorescence fait partie d’une colonie poussant sur un talus paysagé bordant un parking d’hypermarché.

LA MOUTARDE DES CHAMPS
Pour les jardiniers d’ornement, c’est une mauvaise herbe, pour les cuisiniers botanistes c’est une plante comestible réputée. Membre de la famille des Bracicacées (celle des choux) elle colonise facilement les fins de chantiers, les remblais, les talus récents.

Moutarde des champs
La Moutarde des champs ou Sinapis arvensis est utilisée en cuisine depuis des siècles. Selon les saisons sont consommées aussi bien sa tige, que ses fleurs ou ses feuilles. Elle est aussi appréciée des herboristes pour ses vertus dépuratives, apéritives digestives et toniques. Les graines moulues donnent une sorte de moutarde, les fleurs et les fruits (siliques vertes) aromatisent les aliments conservés dans la saumure.

Les guides indiquent qu’elle fleurit de juin à octobre, mais nous en avons encore trouvé sur cette zone industrielle d’Argentan (61) jusqu’à la fin décembre 2020. Un exemplaire prélevé avec sa racine et un peu de terre continue même de fleurir dans notre jardin en ce début Janvier 2021

L’ACHILLÉE MILLEFEUILLE
Plante très opportuniste, l’Achillée pousse partout sur la zone, aussi bien que dans le reste de la ville, sur les pelouses par exemple. Elle est censée ne fleurir que de juin à novembre, mais en cet hiver 2020, alors que l’année se termine, ses inflorescences sont ici encore nombreuses et loin d’être flétries.

Achillée millefeuille
L’Achillée millefeuille ou Achillea millefolium appartient à l’immense famille des asteracées (23 500 espèces sur la planète). Chacune des «fleurs» composant l’ombelle est en fait un capitule composé de minuscules fleurs entourées de languettes. Cueillie aux printemps les jeunes feuilles peuvent condimenter les fromages, le beurre les salades, l’huile, le vinaigre. L’achillée millefeuille est connue depuis l’antiquité pour certaines de ses propriétés médicinales. Selon la légende, le combattant grec Achille s’en serait servi pour guérir ses blessures.

L’ Achillée millefeuille est une plante très opportuniste. Elle sait se faire rase dans les pelouse très souvent tondues. Elle s’y étend sans fleurir ou presque grâce à ses nombreux rhizomes et peut former un tapis étouffant pour le reste de la végétation. Les herboristes la ramassent avec précaution, le contact avec la sève pouvant déclencher des inflammations sur une peaux sensible lorsqu’elle est exposée à la lumière.

LA CAPSELLE BOURSE À PASTEUR
Ce nom curieux provient de la forme de ses fruits pouvant rappeler une bourse allongée. Le mot pasteur s’entend ici au sens de berger. Sur la zone ce n’est pas une plante très répandue. Cet exemplaire pousse près des clôtures du site du château d’eau. Elle est censée fleurir de mars à octobre mais nous avons photographié celle-ci à la mi- décembre 2020.

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La capselle Bourse de Pasteur, ou Capsella bursus (ou bursa) Pastoris appartient à la famille des brassicacées (ou crucifères). Les jeunes feuilles et tiges se consomment comme de la roquette dont elles rappellent le goût. Choline, acéthyl-choline, flavonoïdes, histamine, tyramine, protéines, vitamines et sels minéraux lui donnent des vertus hémostatiques utilisées depuis des siècles par la pharmacopée herboriste pour stopper des hémorragies, des saignements de nez, réduire l’abondance des règles, soulager les jambes lourdes et les douleurs hémorroïdaires. Elle était aussi employée contre les diarrhées ou pour traiter la cystite en désinfectant les voies urinaires.

LIVRES ET LIENS
Les informations contenues dans cet article ne sortent pas de notre chapeau. Afin de compléter nos propres observations nous effectuons des recherches sur de nombreux sites en ligne et recoupons toujours à l’aide de plusieurs ouvrages imprimés.
LIVRES
300 Plantes Comestibles collection Les indispensables Delachaux, édité en 2018 par Delachaux et Niestlé, prix: 14,50 €.
Pratique et bien conçu et illustré, ce guide répertorie les 300 principales plantes sauvages comestibles d’Europe et indique la manière de les consommer et la période pour ce faire.
L’Indispensable Guide des Fleurs Sauvages «Reconnaitre 300 fleurs sauvages sans erreur», édité en 2016 par Belin. Prix 18 €
Pratique, bien documenté, facile à emporter dans une musette ou un sac à dos, ce petit guide porte bien le qualificatif d’indispensable.
Quelle est donc cette fleur? Avec 1200 planches dessinées, cet ouvrage édité chez Fernand Nathan en 1975 (réédité depuis) est une bible. Lorsqu’une plante n’est pas répertoriée dans les deux précédents, elle l’est presque à coup sur dans celui-ci. Ce même si lui aussi oublie parfois des plantes pourtant courantes et répertorie comme rares de plantes qui ne le sont pas.
SUR LE WEB ou le smartphone
Nous consultons pour chaque plante un assez grand nombre de sites. Cependant les trois ci-dessous comptent parmi ce qui se fait de plus sérieux.
Wikipédia: Ce site contributif est de plus en plus précis et difficile à prendre en défaut. Il cite ses sources imprimées ou numériques, ce qui est honnête et précieux.
Jardinage.lemonde.fr: C’est le site jardinage du quotidien Le Monde. À partir du moment où l’on a identifié la plante, la documentation est le plus souvent copieuse et précise à l’image du grand journal qui l’édite.
abiris.snv.jussieu.fr rien de tel pour recouper les informations venues d’autres sites que celui-ci. Il est édité par la prestigieuse université de la Sorbonne et décrit, photos à l’appui, une plante de la fleur à la racine. C’est précis et didactique mais il faut déjà avoir une idée de ce que l’on cherche.
PlantNet: Ce média contributif, sans être infaillible, est tout de même très efficace. Une fois l’application chargée sur le smartphone et activée, il propose de faire une photo (propre) d’une fleur, d’une feuille, d’un fruit, d’une écorce. On peut aussi lui envoyer via un ordinateur et un téléphone une image réalisée avec un autre appareil. Ensuite, il effectue une ou plusieurs propositions à comparer et à valider. Il est rare de ne pas pouvoir identifier ce que l’on a trouvé.

LA FLORE DE LA ZONE


GENÊT, MARGUERITE, AJONC, NÉPÈTE, ORIGAN, GRANDE MAUVE, SÉNEÇONS…POURVU DE SAVOIR OU LES TROUVER, EN CE DOUX AUTOMNE 2020, NOMBRE DE PLANTES SAUVAGES FLEURISSENT ENCORE. LES IMAGES QUI ILLUSTRENT CET ARTICLE ONT TOUTES ÉTÉ RÉALISÉES DANS LES ZONES INDUSTRIELLES OUEST D’ARGENTAN.

Cette fois nous n’«herborisons» pas sur l’un ou les deux sites de nature de la ville d’Argentan (les Pâtures et La Fontaine), mais dans les zones industrielles et commerciales situées à l’ouest de l’agglomération. Prés des lieux même où officiaient, il y a encore quelque décades et voir seulement quelques années des établissements Moulinex, Waeles, Mic, Armcor, tous partis depuis exploiter une main d’œuvre moins chère, sous des cieux plus permissifs en matière de législation du travail, de fiscalité et d’environnement. Usines vides, terrains en friche laissant encore parfois voir la dalle fissurée de bâtiments rasés, abords plus ou moins négligés des entreprises encore en activité… Ici l’air sature parfois d’effluves de polyester à en donner la nausée. Même lorsque cela ne se mélange pas avec le remugle de la station d’épuration, ces lieux sont loin d’être les plus glamours proposés au botaniste par la Normandie.
UNE  DIVERSITÉ VÉGÉTALE ÉTONNANTE
Pourtant sur les restes d’anciens locaux, près de tas de gravats ou d’emballages  plastiques, déposés parfois à seulement vingt ou trente mètres des grilles de la déchetterie, se concentre une diversité végétale étonnante. Il faudrait battre la campagne durant des jours et des kilomètres pour obtenir la «récolte» effectuée ici en un après midi. Profitant d’emplacements ensoleillés et d’un entretien assez sporadique, voir inexistant par endroit, en ce début novembre 2020, des plantes sauvages continuent là de fleurir. On ne les trouve plus même sur les sites, soit -disant protégés, des Pâtures (Natura 2000) ou de la Fontaine où les bords des chemins de promenade sont beaucoup trop souvent et trop ras tondus.  Malgré le temps consacré à fouiner le long des rues de cette zone et dans ses terrains en friche, cet article ne prétend pas à l’exhaustivité. Susceptible d’être augmenté en fonction de nouvelles découvertes et prises de vues, il a surtout pour but d’inciter à la curiosité et de fournir une éventuelle base de recherche et de comparaison.

LE CHARDON aux ÂNES
En longeant un tout récent parterre non encore travaillé et bordant une plate-forme de Moto-école à peine terminée, nous repérons un magnifique spécimen de Chardon aux ânes. Bien «gras» et bien vert, haut d’environ 70 centimètres, il offre à qui sait apprécier une unique capitule ouverte, mais aussi de nombreux boutons prêts à éclore dans les jours à venir.

Lorsque l’on observe l’inflorescence d’un chardon, ce n’est pas une seule fleur que l’on regarde mais une multitude de fleur tubulaires réunies en une capitule. Selon les guides (voir Liens ), le Chardon aux ânes (onopordum acanthium, famille des astéracées) fleurit en principe de juin à octobre.
Pour le moins épineux à cueillir. Le Chardon aux ânes est un bel exemple de plante dont l’utilité est oubliée. Il fut un temps où l’on mangeait ses capitules comme des cœurs d’Artichauts. Ses graines moulues donnaient de l’huile pour alimenter des lampes et le duvet des tiges et des fleurs servait à rembourrer les coussins.

LA MOLÈNE BOUILLON BLANC
Dans le même secteur que le chardon, foisonnent aussi des pieds de Molène Bouillon blanc (verbascum thapsus). Avec ses feuilles vert pâles et ses tiges couvertes de duvet blanc et terminées par de grandes hampes constituées de plusieurs dizaines de fleurs jaunes c’est une plante que l’on peut difficilement rater.

Les Molènes ou verbascum, dont celle-ci, appartiennent à une famille au nom appétissant, les scrophulariacées. Elles n’en comptent pas moins parmi les plus anciennes plantes pharmaceutiques répertoriées. Soulagement de la toux ou des démangeaisons de la peau, vertus expectorantes, traitement des hémorroïdes…De nombreuses actions de bienfaisance médicinales lui sont attribuées.
Le Bouillon blanc  (Verbascum Thapsus) est le seul autorisé à être vendu  dans les  herboristeries françaises. Lorsqu’elle se plait la plante peut atteindre deux mètres de haut. Longtemps considérée comme une «mauvaise herbe» par des jardiniers peu botanistes, il est aujourd’hui apprécié pour son aspect décoratif.
 

LA SAPONAIRE OFFICINALE
«On trouve régulièrement une forme à fleurs doubles, vestige d’anciennes cultures comme plantes ornementale» indique le Guide de l’Amoureux des Fleurs Sauvages (Édition Belin). Bingo ! À deux pas du chardon, dans le même parterre, nous avons rencontré cette «forme» de la Saponnaire officinale . Elle est devenue depuis beaucoup plus rose et s’apparente peut être à une variété cultivée baptisée « Rosea Plena» sur les site d’horticulture.


Fleurissant en principe de Juin à Septembre, la Saponaire officinale était déjà connue des Assyriens (2000 à 609 av.J.C.). Saponaria officinalis est cultivée depuis pour les propriétés moussantes de ses feuilles (froissées dans l’eau),et de ses rhizomes réduits en poudre car elle contient de la saponine. Avant les lessives industrielles, elle s’utilisait en mélange avec de la soude pour nettoyer le suint des laines et blanchir les dentelles. Réputée pour ses nombreuses vertus médicinales, elle est aussi employée dans la cuisine turque pour ses propriétés gélifiantes et entre dans la composition du halva.
 

LE SÉNEÇON JACOBÉE
Donné par les guides pour fleurir de juin à novembre, le Séneçon Jacobée (Jacobea Vulgaris) est donc «bien dans les clou». Exercice compliqué pour le photographe, dans la lumière chaude de fin d’après midi, le jaune éclatant de son inflorescence éteint tout le décor environnant. Dans la zone c’est une plante assez fréquente un peu partout, mais à ne pas confondre avec le Séneçon du Cap (voir plus loin dans l’article).


Jacobea Vulgaris est une plante mal aimée des agriculteurs. Cette asteracée contient 65 alcaloïdes différents et peut empoisonner les herbivores tout comme les humains. Plante peu exigeante elle est très répandue et peut même devenir invasive. Ses graines ou akènes se répandent vite et loin grâce à un système d’aigrette comparable à celui des Pissenlits. Les fleurs sont en fait ce pompon (capitule) que l’on voit au centre de la collerette constituée de 12 à 15 languettes chargées d’attirer les pollinisateurs. Une seule bestiole réussit à se nourrir des feuilles de la «Jacobée». La chenille du papillon nocturne Tyria Jacobea ou Goutte de sang, stocke le poison en elle pour se rendre immangeable par les oiseaux.

LA  GRANDE MAUVE
Malva Sylvestris pour les botanistes, s’est établie en nombre sur le talus séparant la zone de la rocade. Très commune sur les friches, les bords de routes, les talus normands, elle fleurit en principe de juin à octobre et pousse en plein soleil dans les sols assez riches, frais et bien drainé, même calcaires.


La grande Mauve  (famille des Malvacées) ou Mauve sauvage est connue comme plante médicinale et comestible depuis avant l’antiquité.  Toute la plante peut se consommer et a même été cultivée comme un véritable légume. Les feuilles se consomment cuites, les jeune pousses ou les fleurs en salade. Des graines ont été retrouvées lors de fouilles dans des campements préhistoriques.


LE LAITERON MARAÎCHER
L’aspect épineux de ses feuilles est plus dissuasif que méchant. Plante très commune dans les friches et les cultures, le Laiteron des Maraîchers (Sonchus oleraceus) fleurit en principe de juin à octobre.


Aujourd’hui regardé comme une mauvaise herbe par les jardiniers d’ornement, le laiteron des maraîchers était cultivé au moyen âge tant pour ses vertus médicinales que pour ses feuilles comestibles.  Aujourd’hui encore, les connaisseurs apprécient les jeunes feuilles et les fleurs dans les salades. Les feuilles plus matures sont cuites comme des épinards.

LA MARGUERITE
Un peu, beaucoup, passionnément, plus trop…La Marguerite  (Leucanthemum vulgare) de la photo a déjà bien vécu. Mais l’État des Lieux.blog n’est pas un catalogue d’horticulteur… Comme les humains, les fleurs vieillissent et, pour un photographe, cela s’observe aussi. Marguerite dérive du mot  latin margarita qui désigne les perles fabriquées par certains mollusques telles les huitres. De la Perse en passant par la Grèce et Rome ce mot à fait un long chemin avant de nommer une fleur des champs.


La marquerite  appartient à la famille nombreuse et variée des astéracées et fleurit de mai à novembre. Comme pour le séneçon ou le chardon, l’inflorescence est une capitule, soit un ensemble de fleurs jaunes très serrées constituant le centre entouré par une couronne de grandes languettes . À pleine ouverture le tout peut atteindre 6cm de diamètre pour la plante sauvage. Certaines variétés cultivées  peuvent mesurer le double. Dans les friches industrielles, elle pousse de manière sporadique quand, au printemps, dans les prairies elle peut friser la surpopulation.

LA TANAISIE COMMUNE
Un vent facétieux aurait-il jadis soufflé tous ses pétales ? Pour ne pas se charger pendant le voyage, la Tanaisie les aurait-elle laissés en Sibérie et dans le Caucase d’où elle est venue, accompagnant les invasions barbares? Dans la zone industrielle d’Argentan, la Tanaisie pousse en nombre mais dans un secteur très restreint. Il s’agit peut être d’un cultivar qui aurait été planté là dans des parterres laissés ensuite à l’abandon.


Je t’aime moi non plus…La Tanaisie commune ou Tanacetum vulgare, est une plante  aromatique mais pouvant être toxique, soit psychoactive et fortement laxative si consommée à haute dose. Il n’empêche! On la cultivait au moyen-âge, et elle était même recommandée comme plante potagère. Des propriétés médicinales  (traitement des spasmes et des fièvres) lui étaient attribuées. Son amertume et son odeur de camphre lui valent encore aujourd’hui de figurer parmi les composants de certaines liqueurs et apéritifs. La floraison s’effectue en principe de juin à octobre. C’est encore une astéracée qui fleurit en capitules, constitués de nombreux fleurons et dépourvus de languettes. Ceci lui confère cet aspect insolite qui a sans doute excité l’intérêt des jardiniers d’ornement.


LA VIPÉRINE (Vipérine vulgaire)
Echium vulgare,  pour les intimes, fleurit en principe de mai à octobre. Dans cette zone la Vipérine est plutôt localisée dans le secteur du château d’eau et derrière l’ancienne usine Moulinex. Elle y voisine avec une forte population d’origan commun. Si elle y fleurit encore un peu en ce début Novembre 2020, sa « belle période (plantes hautes et très fleuries) est au printemps avant les premiers fauchages.


Qui s’en doute encore aujourd’hui ?  La Vipérine vulgaire était autrefois consommée (jeunes feuilles de la rosette) en salade, une teinture rouge était extraite de ses racines servant à colorer la laine. Cette plante venue jadis d’Eurasie a colonisé le monde entier et est même considérée comme invasive dans certains états des USA. Ici c’est une plante mellifère très appréciée des abeilles, domestiques et sauvages. L’une de ces dernières nourrit même ses larves du seul pollen bleu de la Vipérine.

LE SÉNEÇON DU CAP
Sur la zone on le trouve hélas un peu partout, en touffes plus ou moins hautes et denses. C’est une plante invasive et pugnace qui aime les friches et les jachères. Fleurissant de juin à décembre le Séneçon du Cap s’accommode de tous les sols mais préfère les sol acides et pas trop argileux.


Le Séneçon du Cap (senecio inaequidens) est une plante très invasive originaire d’Afrique du Sud. Elle s’est s’est transportée en France vers 1930 sur la laine de mouton importée par les usines de Calais (62) et de Mazamet (81). Il est toxique pour le bétail (bovins, ovins, équidés) la plupart des insectes, les humains et même les plantes qui l’entourent. À l’instar de la Renouée du Japon, c’est un envahisseur contre lequel il faudrait lutter par arrachage, racines comprises, avant la fructification, pour éviter à la fois qu’il se ressème et se ramifie.
 

LA KNAUTIE DES CHAMPS
À cette saison, la Knautie se fait rare partout, mais nous en avons encore trouvé en cette fin novembre sur un talus de la zone d’activité commerciale de La Gravelle . La floraison de la Knautie des champs court en principe de juin à septembre. Parmi les plantes sauvages de nos régions bien peu se rangent à la lettre K du répertoire des noms de plantes. Dans certains guides, on ne la trouve d’ailleurs que sous son autre appellation de Scabieuse des champs.


Knautia arvensis  réunit dans un même bouquet (capitule) plusieurs dizaines de petites fleurs, formant une espèce de super-fleur. Les fleurs de la collerette offrent une corolle bien développée tandis que les centrales sont minuscules. Les premières attirent les insectes. Les secondes fabriquent les graines. La Knautie a été ainsi nommée en l’honneur du botaniste allemand Christian Knauth (1656-1716) par Carl Von Linné (1707-1778) grande classificateur des espèces végétales, dont l’énorme travail fait toujours référence aujourd’hui.

L’ORIGAN COMMUN
Dans cette zone industrielle, l’Origan commun s’est répandu dans les parterres et les friches de nombreuses rues, s’il peut atteindre jusqu’à un mètre de hauteur, dans ces lieux assez régulièrement fauchés, il culmine en général aux alentours de trente centimètres. Le remuer lui fait dégager un arôme puissant qui met en appétit.

L’Origan commun ou origanum vulgare est une plante aromatique et médicinale réputée depuis l’antiquité. Il est toujours très employé dans les cuisines grecques, italiennes et portugaises. Il est apprécié depuis le moyen-âge pour ses propriétés antiseptiques et anti-inflammatoires lors du traitement des maladies de gorges ( rhumes, grippes…) S’il peut pousser partout, il apprécie surtout les sols secs et la pleine lumière (talus, lisières des bois, pentes rocailleuses et calcaires bien exposées).
Concentré en parterres, il peut aussi être très décoratif.

L’AJONC D’EUROPE
Tout comme le Genêt, avec lequel il voisine dans cette parcelle, il est assez probable que cet arbuste ne pousse pas ici par hasard . Emblème officiel de la Bretagne, L’Ajonc d’Europe (ulex europaeus) fait partie de la même famille ( les fabaceae) que le Genêt.  Mais la confusion n’est guère possible… L’Ajonc, ça pique ! Facile à faire pousser, c’est donc un arbuste très pratique pour créer des haies serrées très défensives.


Parent piquant du Genêt, l’Ajonc fleurit en principe en masse au printemps mais des individus isolés peuvent fleurir ainsi a d’autres périodes (fin août). L’ajonc peut aussi , selon les lieux (sol, exposition), fournir des fleurs éparses presque toute l’année. C’est un peu oublié aujourd’hui, mais l’ajonc a été une plante fourragère, et même consommée, moyennant préparation, par les humains. Son bois, non toxique, a été utilisé dans la coutellerie.


NÉPÈTE DE MUSSIN
 Bien que nous l’ayons photographiée parmi les fleurs sauvages, celle ci n’en est pas une dans nos régions. Originaire du Caucase, elle est surtout utilisée comme plante décorative pour sa capacité à couvrir assez vite de bonnes surfaces. Celle-ci est peut-être un vestige d’une époque où l’endroit a été paysagé. Divers parterres entretenus de la ville d’Argentan en comportent des massifs.


Népeta Racemosa, appartient à la même famille que les Menthes, les lamiacées. Elle fleurit en principe  de juin à octobre et fournit une floraison importante de petites fleurs nectarifères, très fréquentées par les abeilles. Les jeunes pousses et les fleurs sont comestibles et s’utilisent pour agrémenter les salades.  La plante est connue de longue date pour ses vertus médicinales en cas de grippe, toux, troubles digestifs. Racemosa est très appréciée des chats qui adorent s’y frotter.
 

LE GENÊT À BALAIS
Rien d’étonnant à trouver ici des Genêts (cytizus scoparius), ce sont des arbustes à croissance rapide que l’on plante pour régénérer les sols des friches industrielles ou couvrir rapidement des espaces dénudés. Les guides donnent sa floraison entre la fin mai et le début juillet. Effet du dérèglement climatique peut être, ceux que nous avons rencontrés proposaient encore quelques rares fleurs en ce début novembre.


Avant que les balayeurs de la ville de Paris ne soient dotés de balais en plastique verts, quasi fluorescent, leur outil principal était faits de branches de Genêt ou de Bouleau. Il avait le mérite de ne laisser à l’usure que de la poudre végétale et d’être bio dégradables ou utilisables comme combustible lorsqu’ils étaient usés. Le Genêt appartient à la famille des fabiacées. Toxique, il est cependant utilisé par l’industrie pharmaceutique qui en extrait plusieurs substances utiles.

LIENS
Les informations concernant les plantes ne sortent pas de notre chapeau ! Pour les obtenir et les vérifier nous consultons systématiquement divers liens et ouvrages dont Wikipédia. Si notre article a attisé votre curiosité et vous incite à approfondir la connaissance de chacune des plantes présentées nous vous invitons à les et les consulter.
Livres
L’indispensable guide de l’amoureux des fleurs sauvages. (Éditions Belin 2016) Assez pratique à utiliser grâce au classement par la couleur, ce livre décrit quelque 300 fleurs présentes sur le sol Français. Le volume contenu et la couverture plastifiée facilitent l’emport et l’utilisation sur le terrain.
Quelle est donc cette fleur ? (Éditions Fernand Nathan 1975)
Cette édition française d’un ouvrage allemand publié en 1973, répertorie les fleurs en classements croisés selon leur couleur et leur habitat. L’illustration  (1200 planches couleur) est uniquement dessinée. Revu et actualisé, ce guide est toujours disponible en librairie.

Liens numériques
https://plantnet.org  Ce site participatif s’utilise en application, soit sur le téléphone mobile, soit sur un ordinateur. On envoie une photo de bonne qualité  (nette et en gros plan) d’une fleur, d’une feuille ou d’un fruit et le site en retour identifie la fleur par comparaison avec des photos d’autres contributeurs. Il effectue, au besoin, plusieurs propositions. Sans être infaillible, l’application s’avère assez fiable pour l’identification sur le terrain à l’aide d’un mobile offrant une bonne qualité d’image. Plantnet permet de trouver le nom de la plante, mais ne fournit pas d’autre information. Recouper et documenter avec d’autres sources reste indispensable.
Nature et jardin.fr
Un site documenté, érudit, bien écrit dont le contenu est accessible aux néophytes.
Jardinage.lemonde.fr
Nous consultons régulièrement ce site édité par le quotidien Le Monde. À l’image du journal, c’est sérieux et bien fait.
Tela-Botanica.org
Ce site participatif aide à identifier les plantes et fournit des informations intéressantes sur la botanique et la protection de l’environnement.

LES FLEURS DU SECOND CONFINEMENT

Chicorée sauvage

VOILA QUE ÇA RECOMMENCE! NOUS SOMMES «RE» CONFINÉS, ET DONC «RE»PRIVÉS DE BALADE A PLUS D’UN KILOMÈTRE DE CHEZ NOUS. À L’ÉTAT DES LIEUX.BLOG, NOUS AVONS LA CHANCE DE DISPOSER DANS CETTE LIMITE D’ENDROITS OÙ NOUS POUVONS NOUS AÉRER ET OBSERVER LA NATURE. CE N’EST HÉLAS PAS LE CAS DE TOUT LE MONDE DANS NOTRE PAYS. ALORS, COMME LORS DU PREMIER CONFINEMENT, NOUS OFFRONS A TOUS LES CONFINÉS, INJUSTEMENT PRIVÉS DE NATURE, CES QUELQUES FLEURS QUI NOUS SONT ENCORE PROPOSÉES PAR LA VÉGÉTATION AUTOMNALE SE PRÉPARANT À AFFRONTER L’HIVER.

Quelques inconséquents ont jugé bon de faire la fête ou de tenir des réunions (professionnelles, religieuses, familiales, etc..) sans respecter les précautions sanitaires indispensables. Alors le gouvernement re-confine tout le monde sans vérifier si cela est bien partout nécessaire. Ce second confinement ne tient aucun compte des densités de population ni des statistiques locales de contamination. Il le marasme économique qui accentue à celui généré par le premier confinement.
C‘est en pensant à tout ceux qui vivent dans des lieux ultra-urbanisés et dépourvus d’espaces de véritable nature que nous sommes allés ce dimanche premier octobre 2020, nous balader sur le site dit des Fontaines (Argentan-61). N’en déplaise à tous les petits caporaux et tous ceux qui suivent sans réfléchir, nous y avons bien pris tout notre temps pour y ramasser des pommes et, malgré la grisaille, photographier les quelques fleurs illustrant cet article.
CHICORÉE SAUVAGE
Tant au sol que sur les arbres et arbustes, les fleurs sauvages ne sont plus très nombreuses en Normandie à cette saison. La jolie Chicorée sauvage (photo d’ouverture et ci-dessous) est même une attardée de l’été, la plupart des guides indiquent sa floraison de juillet à septembre. En plein vent, dans la nature, toujours à plusieurs dizaines de mètres du premier vadrouilleur venu, nous risquions moins durant toute un après-midi d’être contaminés par le covid que dans un super marché le temps de faire les courses. Il aurait donc été dommage de ne pas profiter de ces ultimes spécimens présents sur un talus bien abrité et orienté.

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«Sa culture était déjà préconisée dans un Capitulaire de Charlemagne…» indique le Guide de l’amoureux des Fleurs Sauvages (Éditions Belin). Plante herbacée de la famille des asteracées, la Chicorée sauvage (chicorium intybus) est donc une plante comestible connue depuis au moins le VIIIe siècle. D’un bleu intense et lumineux tirant ver le mauve, les capitules et languettes de sa fleur s’ouvrent le jour et se referment la nuit ou lors des périodes de faible luminosité.

BUDDLEIAS ET VULCAINS
Il aurait été dommage aussi de se priver des dernières Cirses des champs, elles aussi rescapées de l’été. Non loin de là, un Buddleia offre encore quelques panicules mauves. Lors de jours plus radieux précédant ce re-confinement, elles nourrissaient encore (photo ci-dessous) de superbes Vulcains (Vanessa Atalanta). Aujourd’hui, malgré la douceur de la température, les papillons boudent l’offrande, comme les abeilles, ils aiment le soleil et la lumière.

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David nourrit Vulcain! Arbuste originaire de Chine, le Buddleia de David est un arbuste invasif qui s’installe partout où le vent pousse ses graines. Le nectar parfumé de ses nombreuses fleurs attire toute sortes d’insectes et de papillons. Visitée par un Vulcain, cette fleur a été photographiée sur le site des Fontaines à Argentan (61) à la fin octobre 2020.

CIRSE DES CHAMPS
Justement en ce jour de Toussaint, non seulement la lumière n’était pas folichonne mais en cette fin d’après midi elle devient crépusculaire pour ne pas dire sépulcrale. Alors, après avoir photographié la Cirse des champs (image en fin de texte), nous rentrons car nous avons déjà plus que largement dépassé l’heure d’activité physique autorisée. Dans la nature, le temps passe décidément plus vite qu’à la maison et il ne s’agirait pas que cette agréable demi journée soit gâchée par la rencontre de quelque trop zélé pandore.

Cirse des champs

La Cirse des champs ou cirsium arvense est une autre attardée de l’été (floraison habituelle entre juin et septembre) et une rescapée de la tonte drastique du bord des chemins du site des Fontaines (Argentan). Comme les Chicorées sauvages présentées ci-avants c’est une asteracée. Cette belle plante tenace et dotée d’une grande capacité de reproduction est considérée comme nuisible par les céréaliers.

ÉTRETAT SOUS LA PLUIE

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Étretat,  sa célèbre Falaise d’Aval, son arche  et sa fameuse aiguille vues de la Falaise D’amont. Ce couple de promeneurs ne nous contredira sans doute pas, le site tant apprécié des peintres et des écrivains, n’est pas moins romantique sous le pluie.

LE MERCREDI 10 JUIN 2020, NOUS ÉTIONS A ÉTRETAT. IL PLEUVAIT SUR L’HISTORIQUE CITÉ DE VILLÉGIATURE DE LA CÔTE D’ALBÂTRE.

Depuis des lustres nous voulions voir «en vrai» la fameuse Falaise d’Aval et sa mythique aiguille de calcaire… D’un blanc laiteux strié de gris sale elle baigne dans un camaïeu de bleus gris pour le ciel et de verts bleutés pour la mer. La pluie et le vent se sont ligués pour nous accueillir à Étretat. Si nous souhaitions reproduire le chromo criard des cartes postales proposées par les marchands de souvenirs, c’est raté. Mais cela ne retire rien à la majesté du lieu, bien au contraire. Avec ce temps chagrin, le site s’impose à nous tel que savaient aussi l’apprécier des peintres tels que Jongkind et Monnet, grands admirateurs et promoteurs de l’endroit.

 SURPRENANTS JARDINS
La persistance des intempéries, nous invite à oublier, pour cette fois, l’ascension de la Falaise d’Aval. Nous préférons gagner les Jardins d’Étretat situés sur la Falaise d’Amont. En partant du centre ville à pied, quel que soit le trajet emprunté, le but se mérite. Créé en 2016 sous la direction du paysagiste russe Alexander Grivko à partir du jardin de la Villa Roxelane (1905) ce parc d’environ 1,5 hectare comprend plusieurs jardins thématiques. Chacun d’entre eux est à lui seul une œuvre horticole d’art contemporain. Sur divers points sont installées des sculptures récentes. Les plus connues, sont sans nul doute ces visages de dormeurs , dus à Samuel Salcedo, qui sommeillent dans de douillets édredons de verdure. DSC_9759 copie copieLes œuvres et les feuillages mouillés de pluie captent la moindre éclaircie et le visiteur évolue alors dans un univers bien plus intéressant encore que sous le soleil. Il faudrait pouvoir passer ici plus de temps, y revenir souvent pour appréhender les lieux selon les saisons et les différents éclairages de la journée. Sur place, l’on comprend que la réalisation de ce jardin extraordinaire et sa maintenance ne sont pas une mince affaire. Les travaux auraient coûté aux alentours de 2,5 millions d’euros (voir chapitre Liens). Mais à 9 € par adulte (enfant 7, 20 €), le billet d’entrée, on persiste tout de même à penser que nombre de familles se passeront de cette visite.

 FALAISE D’AMONT
Que les impécunieux se consolent , car là-haut, sur la Falaise d’Amont, à deux pas des onéreux jardins, le panorama sur la ville, la Falaise d’Aval est lui totalement gratuit et accessible en fauteuil roulant. En poursuivant un peu la balade au bord des falaises vers le nord, le promeneur découvre une vue plongeante sur la Porte d’Amont.

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La Porte d’Amont est la plus petite des trois arches perçant les falaises d’Étretat. Ce point de vue est accessible en cheminant un peu sur les arrières de la chapelle dite «Notre-Dame-de-la-Garde».  La plus grande prudence est ici de rigueur, surtout si des enfants nous accompagnent.

Quelle que soit la météo (voir photo d’ouverture), le spectacle naturel est ici grandiose et dépasse de loin ce que pourrait réaliser le plus talentueux des paysagistes, si «bionique» ou «néo-futuriste» soit-il. La chapelle « Notre Dame de la Garde» coiffe le sommet. Elle date de 1950,  celle que les marins d’Étretat avaient édifiée en 1856 (voir Liens) à été détruite par l’occupant nazi en 1942. De loin, sans pour autant y être indispensable, elle participe à la majesté du lieu. De près, son lourd style néo-gothique, évoque plutôt un décor de film d’épouvante. Paysage, faune, flore… Les falaises alentour offrent milles autres sujets d’observation autrement plus réjouissants à contempler.

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Le Sainfoin ou Esparcette Cultivée fait partie des plantes que l’on peut trouver en juin sur les falaises d’Étretat. Nous en avons rencontré plusieurs pieds au sommet de la falaise d’Amont à quelques pas de la chapelle.

 

CENTRE VILLE
Effet de la météo et de l’accueil frigide, en ces temps de déconfinement, la ville même d’Étretat ne nous a pas enthousiasmés. Le tour des façades anciennes ou néo-normandes remarquables est assez vite achevé. Les quartiers proches du front de mer, sont truffés de boutiques assez semblables à celles que l’on peut trouver partout ailleurs dans les station balnéaires sur toutes les côtes de l’hexagone. Un grand nombre d’établissements de bouche ferment le mercredi (et le jeudi !) ou ne servent «plus qu’à boire passé 18 heures ». Nous avons l’impression d’ennuyer les employés retranchés derrière leurs masques et peu enclins à rendre leur élocution intelligible. C’est à ce point que nous envisageons sérieusement de nous ravitailler dans une épicerie et une boulangerie pour diner dans notre très accueillante chambre de l’hôtel Le Donjon. C’est d’ailleurs ce que nous ferons le lendemain soir.

 

FRONT DE MER
Par ce temps très maussade, les rues très encaissées d’Étretat sont en fait assez tristes et sombres. La plupart des visiteurs cherchent la lumière sur la promenade du front de mer. Après tout, ce qu’Étretat possède de plus précieux et dont on ne se lasse pas ce sont ses falaises et ses galets. Hélas à l’extrémité de la promenade, au pied de la Falaise  d’Amont, ont été bâtis des immeubles dépourvus de tout intérêt architectural.

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Des immeubles sans charme ni intérêt architectural défigurent le front de mer d’Étretat et le site de la Falaise d’Amont. Sans doute ont-il rapporté quelques substantiels bénéfices à des promoteurs et des propriétaires immobiliers.

Ces parallélépipèdes de béton en complet désaccord avec le style du reste du centre ville, défigurent ausi le site naturel de la Falaise d’Amont. Bâtis entre les années 1950 et 1980, ou l’on avait pas grande conscience de la préservation du littoral, ils remplacent des édifices de style néo-normand, construits entre la fin du XIXe et 1910 et détruits durant la seconde guerre mondiale, pour faciliter l’édification du fameux «Mur de l’Atlantique». DSC_9814 copie copieSur la promenade, une plaque commémore Georges Bourdon, ex dirigeant du SNJ (syndicat national des journalistes) et indique qu’un jardin lui est consacré. Derrière les vitres sales de la clôture, nous ne voyons ce jour là qu’une misère de mini no man’s land lépreux.
Nous voulons croire qu’un tel abandon est seulement lié à la crise du covid 19 et qu’il a été remédié à cette déchéance depuis.

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Étretat: Le Jardin Georges Bourdon photographié le 10 juin 2020.

OPPORTUNISTES GOÉLANDS
La météo ne s’arrangeant pas, nous nous invitons derrières les vitres de la terrasse couverte d’une crêperie. Correcte, la nourriture proposée n’incite toutefois pas à parcourir des centaines de kilomètres pour s’en régaler. Plus intéressante est l’audace des goélands. À peine sommes nous servis que l’un d’entre eux se pose sur le muret de soutient de la vitre. En habitué de la maison, il sait que derrière le verre il ne risque rien. L’espace entre le bas de l’épaisse vitre et le muret suffit pour que les gens lui glissent quelques subsides.

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Comment obtenir des gros plans d’un goéland avec juste un objectif court (zoom 28-80 Nikon)? Facile! Il suffit de s’attabler à la Terrasse d’un restaurant du Front de mer d’Étretat.

Test effectué, ici les goélands mangent avec une voracité époustouflante, aussi bien de la crêpe au Neufchatel ou aux pommes-caramel, qu’aux fruits de mer. «C’est interdit et même passible d’une amende» nous indique le masque de la serveuse. Quelques minutes plus tard, le volatile s’enhardit, entre dans la terrasse en passant sous une bâche latérale. Il (ou elle) fait la tournée des dessous de table et ressort s’installer sur le muret, devant les vitres d’un restaurant contigu. Sur le chemin de l’hôtel, d’autres goélands festoient dans les poubelles des commerces de bouche, attendent devant les restaurants de poisson, se désaltèrent dans les flaques de la rue, se souciant à peine de la circulation automobile. Nous rentrons, le lendemain promet une météo plus radieuse mais nous irons voir Veules les Roses.

LIENS
Les Jardins d’Étretat vus par Le Figaro.fr: https://www.lefigaro.fr/jardin/2017/09/01/30008-20170901ARTFIG00034-entre-ciel-et-mer-l-incroyable-jardin-russe-d-etretat.php
Site officiel des jardins d’Étretat: https://etretatgarden.fr/
Le Monde.fr: https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2019/09/25/voyage-impressionniste-sur-la-cote-d-albatre_6013039_4497319.html

VOYAGE AUX CONFINS DES PÂTURES

 

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LES PÂTURES D’ARGENTAN CE N’EST PAS SI VASTE POUR QUE L’ON PUISSE, EN TEMPS ORDINAIRES, PARLER DES LIMITES DU SITE COMME DE « CONFINS». CE TOUT AU MOINS AU SENS MYTHIQUE DE CE MOT TEL QU’IL PEUT SE TROUVER DANS L’ŒUVRE DE JULES VERNE, PAR EXEMPLE. TEL QU’ON L’ENTENDAIT AUSSI À CES ÉPOQUES, PAS SI ANCIENNES, OU LA MAIN DE L’HOMME N’AVAIT PAS ENCORE PARTOUT LAISSÉ SES CANNETTES USAGÉES.

Ainsi, l’Amazonie, le Sahara, l’Himalaya, avaient encore des «confins» quasi inconnus qui faisaient rêver… Mais en ce printemps 2020, nous ne sommes pas en des temps ordinaires, «confinement » oblige notre portée géographique a été rétrécie à la portion «configrue». Tout au long de ce « confinement », nos rêves de voyages ont du pour une durée incertaine se contenter d’explorer des « confins » accessibles dans un rayon de un kilomètre autour de notre domicile. Ceci nous ramène, in fine, à la définition pratique donnée du mot confins par le Larousse : «Parties d’un territoire situées à son extrême limite et à la frontière d’un autre ». Ainsi vu, cela fait déjà moins rêver et les Pâtures ayant des limites, ont donc bien des « confins ».

 LE SOLEIL, LE VENT ET DES RÊVES…
Lorsque je marche, solitaire, la bas tout au fond des Pâtures, là ou le sentier n’est plus que de terre et d’herbe, me reviennent ces moments estivaux de grande liberté de mon enfance. Je pouvais aller ou bon me semble, pourvu que cela ne soit «pas trop loin de la maison» et que je sois rentré pour goûter.

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Aux «confins» des Pâtures d’Argentan: « là ou le sentier n’est plus que de terre et d’herbe ».

Porté souvent par mes rêveries bien plus loin que prévu, j’avais parfois bien du mal à respecter ces consignes. C’était là bas en Champagne, durant les grandes-vacances. Je partais en « exploration » avec pour seuls guides, le soleil, le vent et mes rêves inspirés par les livres de Vernes, de Defoe, de Wyss ou Mark Twain, les récits des aventures de Stanley et Livingstone, les romans sahariens de Roger Frison-Roche. Un ruisseau m’était alors un fleuve.

DSC_8752 copieAbritée par un bosquet de saules au bord de la Marne, une vieille barque devenait un vapeur ou une «Jangada» sur l’Orénoque, l’Amazone ou le Mississipi. La colline était mon Everest et le petit « Bois des Cosaques », une jungle inextricable. Une ancienne carrière pelée devenait l’Erg des Garamantes. Mon imagination se bricolait des aventures « aux confins » du monde exploré avec les moyens du bord.

 RADIEUSES PARENTHÈSES
Aujourd’hui bien sur, un vieil arbre mort entouré par des roseaux ne m’évoque plus un moai pascuan, ou une statue érigée jadis dans la jungle par une civilisation perdue.

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Je ne me hisse plus dans les ramures des grands arbres en décidant qu’il s’agit du logis des « Robinsons Suisses » ou du séquoia de « L’École des Robinsons ». Il n’y a pas ici de barque sur l’Orne, Ce fleuve, car c’en est tout de même un, n’est même pas toujours navigable pour les canoés-kayaks. Il n’empêche… Tandis que durant cette seule heure de sortie autorisée pour « activité physique » par « le confinement », j’observe la nature revigorée par le soleil printanier, de grandes bouffées de ces vacances campagnardes et heureuses de l’enfance remontent en moi. À cette époque, je rêvais souvent qu’il ne s’agissait pas seulement de radieuses parenthèses entre deux années scolaires passées dans des HLM entourés de béton. Je rêvais que nous quittions ces maudites cités pour vivre toute l’année en pleine campagne et au bord de la mer, dans un endroit vaste et calme ou tout comme ici sur les Pâtures, la nature nettoie le regard et fait voyager l’esprit.

 

 

 

LES FLEURS DU CONFINEMENT (2e suite)

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En ce moment en Normandie, les pommiers fleurissent. Celui ci vit à Argentan sur le site  des Fontaines. Situé au bord du fleuve l’Orne, ce lieu de promenade  permet aussi d’aller faire ses courses en vélo en évitant de passer en ville. Oiseaux, batraciens, lézards, arbres, c’est à quelques centaines de mètres du centre ville un endroit riche en bio-diversité.

QUARANTE SEPTIÈME JOUR DE CONFINEMENT!  SI LES HUMAINS SONT CONFINÉS, « DAME NATURE », ELLE, NE L’EST PAS. AUBÉPINE, BOUTONS D’OR, PISSENLITS, LILAS, POMMIERS, IRIS… EN CE PRINTEMPS SOLAIRE, DANS LES JARDINS, LES PRÉS, LES FORÊTS, LA VÉGÉTATION FAIT FLORÈS DE TOUTES SES FEUILLES ET SES PÉTALES.
SAURONT NOUS, « APRÈS », MESURER LA VRAIE VALEUR DE TOUT CELA?

Tant qu’il y aura des personnes confinées, nous continuerons cette série d’articles intitulée « Les Fleurs du Confinement ». Pour rappel, l’idée directrice est d’offrir des fleurs à ceux de nos concitoyens qui n’ont pas, comme nous, la possibilité de profiter tant d’un jardin que d’espaces de verdure accessibles à moins d’un kilomètre de leur domicile. S’il est bien une leçon à tirer de cette pénible période, c’est de mesurer à quel point, tous, y compris ceux qui prétendent ne pas aimer la nature, nous avons un réel besoin physiologique de ces lieux qui aèrent le regard, élargissent nos horizons tant physiques que spirituels.

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Sur le site des Pâtures à Argentan, la biodiversité est des plus étonnante. Cette fleur est celle de l’Alliaire Officinale ou Alliaria Petiolata, une plante comestible dont les feuilles se mangent hachées et dont les graines peuvent remplacer la moutarde. Cette crucifère (forme de la fleur) est de la même famille (les bracicacées) que le chou et la roquette.

«MOINS D’ANXIÉTÉ, DE DÉPRESSION ET DE STRESS…»
« Plusieurs études suggèrent que les espaces verts urbains sont associés à une meilleure santé auto-rapportée et diagnostiquée, un meilleur niveau d’activité physique, un moindre taux de mortalité, moins de symptômes psychologiques, moins d’anxiété, de dépression et de stress, et un niveau de cohérence sociale plus important. De plus, quelques études suggèrent que ces liens sont plus forts parmi les groupes de la population les plus désavantagés». Indique l’Institut National de Santé du Québec* dans un article web très documenté et faisant état de nombreuses études internationales européennes et américaines.

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Lorsque l’Iris s’ouvre… Quel excellent antistress que de pouvoir contempler une telle beauté. Ce moment du début de la floraison de l’Iris (ici une variété cultivée dans notre jardin) ne dure que quelques heures avant que la fleur s’épanouisse pleinement.  Cette variété est assez répandue dans les parcs paysagés comportant des points d’eau. Encore faut-il pouvoir y accéder. Avec le confinement, beaucoup trop de personnes sont hélas privées du printemps.

Ce lisant, notre pensée va aux nombreux voisins du Parc Jean Moulin (Parc des Guilands) à Montreuil (93-Seine-Saint-Denis). Tous n’ont pas, loin s’en faut, un jardin personnel pour en compenser la fermeture. L’endroit étant entouré de plusieurs grandes cités, on peut se dire dans un premier temps, que compte tenu du nombre de personnes susceptibles de le fréquenter durant cette pandémie, le mètre minimum sécuritaire pourrait ne pas y être respecté. Vu sous cet angle, dans l’urgence, ce parc devait donc être fermé quitte à imposer un vrai supplice de Tantale aux personnes qui habitent les immenses immeubles qui le bordent et voient cet oasis inaccessible juste sous leurs fenêtres.

UTOPIE
Dans un second temps, une réflexion plus mature nous amène cependant à nous demander pourquoi il n’est pas plus grand, et pourquoi on a autant construit autour. Ce qui conduit aussi à réfléchir sur la nécessité de repenser les villes, d’y agrandir et multiplier ces espaces de nature indispensables à la santé publique. On peut même aller plus loin dans l’utopie en imaginant que l’on pourrait répartir la surpopulation de toutes ces villes dans toutes les petites agglomérations, de province qui se dépeuplent. Cela, bien sur, demanderait une réorganisation profonde de la société (production, commerce, transport, infrastructures de santé) et surtout une révision radicale de l’éducation et de l’instruction que l’on y propage actuellement.

VERS LE MONDE D’APRÈS ?

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Vert… Le monde d’après?  C’est indispensable mais déjà les industriels, tout au moins ceux qui sont regroupés sous la bannière du MEDEF, demandent un moratoire sur les mesures environnementales.                                                                                                               https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-le-medef-souhaite-un-moratoire-sur-des-lois-environnementales_3930599.html

S’exprimant dans la presse, sur les radios, à la télévision, d’aucuns veulent croire qu’à la sortie de cette alerte qui paraît plus inquiétante encore que les précédentes (Tchernobyl, Fukushima, les incendies de Californie, d’Australie, d’Amazonie, d’Europe…) des changements forts s’amorceront. Que le monde d’«après» ne sera plus comme celui d’«avant». D’accord! Mais pour que cela soit, pour qu’enfin cesse cette fuite en avant vers la destruction de l’humanité, il va falloir « en un combat douteux** » vaincre bien des égoïsmes, des mégalomanies, des cupidités, des machismes même, et toutes autres sortes de maladies mentales dont sont affligés les maniaques du pouvoir et de la finance. Des maladies, l’histoire nous l’a appris, bien plus tueuses que le coronavirus. Comme nous le disons en Normandie lorsque la tâche paraît insurmontable « Eh ben bon d’lâ de bon souère ! Nos é point rendus! »***

 *https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1274_EspacesVertsUrbainsSante.pdf
** Titre d’un roman de John Steinbeck relatant une grève ouvrière dans les années 1930
*** Bon sang de bonsoir ! Nous sommes encore loin d’être arrivés !

 

 

LES FLEURS DU CONFINEMENT (suite)

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Ainsi ouverte à tous les pollinisateurs, cette variété de tulipe cultivée, reprend une forme florale plus proche de celle de la tulipe sauvage (Tulipa sylvestris) qui produit essentiellement des fleurs jaunes .

Caltha des marais, lamiers blancs ou pourpres, tulipes… dans le jardin ou sur le site des Pâtures d’Argentan, au printemps, chaque jour de nouvelles plantes nous offrent leur début floraison tandis que celle des autres s’épanouit et évolue vers la fructification.

Cela s’apprend dans les écoles de journalisme, quand un article web est trop long à dérouler, à quelques exceptions près, les «web lecteurs » ne vont pas jusqu’au bout ou ne lisent pas tout. Face à ce « Grand vent de fleurs »1, qui souffle sur ce printemps 2020 nous avons donc décidé de réaliser une suite pour continuer à vous faire rencontrer plus facilement nos nouvelles découvertes. Le Covid 19 ayant décidé de jouer ses mortelles prolongations, quelques autres suites seront probablement publiées.

1 : titre exact du roman de Jeanine Montupet : Dans un grand vent de fleurs (éd : Robert Laffont 2008).

GÉNÉREUSE PIVOINE
La pivoine arbustive dont le bouton orne le début des « Fleurs du Confinement » (1er article*) offre maintenant de lourdes fleurs roses aux senteurs envoûtantes.

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Voluptueuse et lourde, la fleur de notre pivoine arbustive (ou pivoine arborescente), peut mesurer jusqu’à 18 cm de diamètre. Les premiers exemplaires de ces arbustes sont parvenus en Europe et plus précisément en Angleterre, en 1787, mais ils sont cultivés en Chine à partir d’espèces sauvages (aujourd’hui très rares) au moins depuis le IVe siècle (après J.C.)

Chaque année, cet arbuste prodigue sa floraison avec munificence. Pour alléger un peu les branches, nous faisons des bouquets fort appréciés par nos amis et nos voisins.
*https://letatdeslieux.blog/2020/03/31/les-fleurs-du-confinement/

ROBERT LE ROUGE
Dans le pot des bambous, ceux des tulipes et du petit chêne, au pied des lilas, derrière le bac à compost… Avec sa jolie petite fleur rose, cette plante sauvage, pour le moins vivace et intrusive, s’invite partout dans le jardin comme dans la nature.

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La fleur rose du géranium robertianum mesure entre 1 et 2 cm de diamètre. Le nom robertianum est lié à la couleur de ses feuilles qui rougissent en vieillissant. Malgré une odeur assez désagréable, l’herbe à Robert est une plante fort appréciée de la pharmacopée traditionnelle qui lui prête de nombreuses vertus. Comestibles, ses jeunes feuilles ont un goût assez amer et astringent mais sont riches en vitamines. La famille des géraniacées comptent environ 800 espèces dont 430 dans le genre géranium.

Son nom vernaculaire le plus connu est «l’herbe à Robert», son nom botanique est géranium robertianum. Cela n’est pas criant à le voir, mais il appartient bien à la même famille (les géraniacées) que tous ces géraniums « domestiques» et calibrés que l’on voit, alignés en rang d’oignon dans les jardinières, «courir à longueur de balcon*».
*« Les boules de gommes » Chanson chantée par Régine (album: Régine 1969).

HELLÉBORE À BORD
Un parterre sépare la terrasse de bois de la pelouse de notre jardin. Une dernière hellébore y propose sa floraison tardive… Elle fait partie d’un petit massif dont toutes les fleurs, seules à avoir égayé le jardin en hiver, ont déjà toutes verdi. La formation des gousses de graine y est déjà bien avancée.

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Du blanc au noir en passant par des roses ou des pourpres allant du lavé au très soutenu, la plupart des variétés cultivées relèvent du genre hellébore noir, helleborus niger pour les intimes. Ces belles vivaces fleurissent de novembre à mars et résistent au gel jusqu’à -28°. Très rare, la plante sauvage originelle provient des Alpes où elle est aujourd’hui protégée.

Une recherche dans un guide* nous apprend que la « rose de Noël » est « utilisée pour la fabrication de poudres à éternuer ». En ce début de printemps, sa toxicité (présence de digitaline) ne semble pourtant pas déranger les pucerons.

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En fin de floraison ( mi mars ), la fleur de l’hellébore se met au vert et forme les gousses qui contiennent les graines.  Celles-ci germent assez aisément si les semis s’effectuent, entre aout et septembre, dès leur maturité. Une atmosphère humide et ombragée est recommandée.

Si nous n’y mettons bon ordre en pulvérisant du savon noir liquide (dilué dans 70% d’eau), ils attaqueront ensuite le feuillage et les boutons naissants des véritables rosiers.

* Quelle est donc cette fleur ? Editions Fernand Nathan 1985.

 

LAMIER LE BIENFAITEUR
Parmi la riche biodiversité des Pâtures d’Argentan, fleurit en ce moment le Lamier blanc. Comme beaucoup de non-connaisseurs, nous avons longtemps pensé que cette plante était une variété d’ortie dont le mérite est de pas piquer. Ne nous l’avait-on pas depuis l’enfance indiquée comme étant l’ « ortie blanche ».

DSC_8634 copiePourtant le lamier blanc n’appartient pas du tout à la famille des urticacées. «Lamnium album », pour les botanistes, relève de la famille des lamiacées. La ressemblance de ses feuilles avec celles de l’ortie est, certes troublante, mais ses fleurs blanches et sa tige de section quadrangulaire permettent de le distinguer sans équivoque.

Multifonction
Depuis l’antiquité, il est apprécié par les herboristes qui lui prêtent des vertus médicinales assez diverses, pour ne pas dire hétéroclites. Selon le guide Belin1, il s‘utilise « en application pour lutter contre les pellicules ». Un autre 2 nous révèle qu’il traite les inflammations des voies respiratoires et digestives. Il aiderait à soigner les infections de la muqueuse vaginale, les hémorragies de l’utérus, les insuffisances urinaires (diurétique) et est utilisé contre la goutte et pour la guérison des plaies (vulnéraire). Enfin il est comestible et  se consomme en salade (feuilles et têtes fleuries) ou cuit comme des épinards (feuilles).
1 «Indispensable guide des fleurs sauvages » Éditions Belin 2016
2 « Quelle est donc cette fleur ? » Éditions Fernand Nathan 198