L’OPHRYS ABEILLE : UNE FLORAISON À LEURRE

Ophrys Apifera.jpg

CETTE SUPERBE PETITE ORCHIDÉE SAUVAGE, PRÉSENTE UN PEU PARTOUT EN FRANCE ENTRE MAI ET JUIN, ATTIRE LES ABEILLES ET AUTRES BOURDONS AFIN QU’ELLES OU ILS L’AIDENT A ASSURER SA REPRODUCTION.

Ophrys apifera pour les intimes, est présent partout sur le territoire français entre avril et juillet selon les régions, mais cela n’en fait pas pour autant une plante courante. Elle fait d’ailleurs parties des orchidées sauvages protégées par la Communauté Européenne. Elle pousse le plus souvent sur des lieux herbeux assez ras et ensoleillés, portés par des sols calcaires secs, mais apprécie aussi les sous-bois bien éclairés. Le spécimen que nous avons photographié, poussait, quant à lui, sur le paillis de bois disposé sur les parterres d’un parc paysagé urbain d’Argentan (61-Orne).

Brun jaune et poilu

Non contente d’être une belle plante, l’ophrys apifera, s’avère aussi très astucieux. Il utilise plusieurs leurres pour inciter les insectes à collaborer à sa fécondation. Il s’agit, en l’occurrence, d’attirer les abeilles solitaires ou les bourdons. Son gros labelle brun taché de jaune et poilu crée chez les abeilles sauvages mâles des sensations visuelles et tactiles leur laissant croire qu’il s’agit d’une femelle fécondable. Ce leurre est rendu encore plus efficace par l’émission d’une odeur imitant celle de l’abeille femelle.

Pseudo-copulation

Lorsque l’abeille mâle tente de s’accoupler, l’orchidée lui colle sur la tête deux sacs de pollen adhésifs. Les pseudo-copulations du mâle sur plusieurs fleurs permettent ainsi une fécondation croisée. Curiosité, cela ne fonctionne pas avec les abeilles sociales. Pour le cas ou les abeilles solitaires la bouderaient, l’Apifera est le seul parmi les ophrys (environ 37 espèces) à pouvoir en plus s’autoféconder.

Appuyée sur le champignon

«On a toujours besoin d’un plus petit que soi», semble bien être la devise de l’ophrys apifera. À L’instar des orchidées en général, il se développe et vit grâce à l’assistance de champignons microscopiques. Une symbiose, dans laquelle chacun trouve son compte : les filaments du champignon puisent dans le sol l’eau et les éléments minéraux nécessaires à l’orchidée. Les racines de l’orchidée fournissent au champignon le sucre et les vitamines, qu’il ne récupère pas par ailleurs. Ces champignons étant indispensables, la dispersion de fongicides par l’agriculture industrielle est une menace pour l’ophrys apifera comme pour l’ensemble des orchidées sauvages mais aussi bien d’autres plantes. Des recherches récentes, liées aux progrès de la biologie moléculaire, ont montré que bon nombre d’espèces très différentes sont reliées entre elles via le mycélium de champignons identiques.

Liens
N
os observations sont complétées par des recherches et des recoupements effectués via divers sites internet, en bibliothèque et notre propre documentation.

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/110335

Cliquer pour accéder à dodelinselosse2011fmds.pdf

https://www.tela-botaniorg/bdtfx-nn-45064-description

https://www.aujardin.info/plantes/ophrys-apifera.php

http://www.cite-sciences.fr/archives/francais/ala_cite/expositions/orchidees

 

PARIS et L’AMOUR «CADENASSÉ»

Presque chassés du Pont des Arts ou ils ont occasionné des dégradations coûteuses, en 2018, les cadenas dits « d’amour» s’invitent désormais un peu partout le long de la Seine et sur les ponts métalliques du monde entier.

 Au printemps dernier, sortant d’une exposition du Petit Palais, nous flânons un peu sur le pont Alexandre III. Quelle que soient la saison ou la météorologie, la statuaire « art nouveau » qui orne cet ouvrage d’art flamboyant, lui confère un charme hors du temps. Les touristes l’adorent. Trop même, car ce jour là… Horreur suprême! Des cadenas, dits «d’amour», s’accrochent par grappes aux crabes et aux grenouilles, aux orteils des statues… Voici hélas quelques temps que, « virés » (ou presque) du Pont des Arts, ces fameux « lovelocks » envahissent les autres ponts de Paris.

IL Y EN A PARTOUT !

En longeant les quais jusqu’à l’Ile-Saint-Louis, la balade est édifiante. Le moindre anneau accessible, la moindre rambarde d’escalier ou de rampe d’accès, quand ce ne sont pas les câbles courant au long des parapets, sont squattés, ou le seront sous peu. Nous en avons photographié jusque sur des chaînes de la Rue de Rivoli. Il s’en voit aussi sur les passerelles du Canal Saint-Martin. Rouillant les anses, attaquant les corps, en moins d’un ans, l’oxydation ronge déjà nombre d’entre eux . « La rouille aurait un charme fou si elle ne s’attaquait qu’aux grilles. Avec le temps tout se dénoue, que s’est-il passé entre nous » (Maxime Leforestier).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 UN COÛT POUR RIEN

En 2018, la DVD (Direction de la voirie et des déplacements) de la Ville de Paris , en enlève 40 tonnes entre le Pont-Neuf (statue d’Henri IV) et la pointe de l’île de la Cité.En 2014, après la chute d’une des grilles de la passerelle, la Ville de Paris en avait déjà enlevé 45 tonnes du Pont des Arts et vingt tonnes de celui de l’Archevêché. En juin 2014, le poids de la quincaillerie avait arraché une des grilles de protection du pont, décidant la municipalité à les remplacer toutes par des vitres feuilletées anti reflet. Coût total de l’opération : 500 000 €. Malgré quoi, les « cadenasseurs » continuent  d’y sévir  ( photos ci-dessous ) s’attaquant désormais aux candélabres (lampadaires).  Au royaume de l’inconséquence, l’amour serait-il roi ?

MONDIALISATION

Le très emblématique Pont des Arts et ses cadenas ont fait des jaloux ou des adeptes sur toute la planète. À Moscou où le phénomène a aussi démarré aux alentours de 2008, sur le pont Loujikof, la ville a installé en 2009, des arbres métalliques destinés à les recevoir. Si l’on cautionne ainsi l’énorme gaspillage de matière, l’effet artistique est bluffant et l’intégrité du pont sauvegardée. Cela dit, la quincaillerie votive, s’est aussi installée au Canada ( Ottawa, Vancouver et Toronto), en Allemagne (Cologne), en Italie (Rome, Florence, Verone,) en Hongrie, au Maroc (Marakech), à Shangaï ( Chine), en Uruguay (Montevideo), en Corée du Sud (Séoul). À Taiwan, des personnes accrochent des cadenas votifs sur les passerelles des gares, persuadés que le passage des trains, déclenche un magnétisme particulier qui servira leurs crédos, tant d’amour que de réussite financière ou de cohésion familiale.

DSC_1868 copie copie

IMPACT ÉCOLOGIQUE

L’attrait photographique exercé par ces accumulations incongrues ne doit pas pour autant faire oublier leur impact environnemental. Lorsqu’elle sont manipulées, toutes ces grappes métalliques aux arrêtes vives dégradent les traitements de surface des grilles, des statues, des candélabres. Leur métal est mis à vif et gagné par la corrosion des verrous. Usée, sinon écaillée (voir nos photos) la peinture des lampadaires du Pont-des-Arts et le «jus » de cadenas oxydé finissent dans le fleuve.

Cadenas amour candélabre
Les frottements des grappes de cadenas écaillent les peintures des candélabres du Pont des Arts (Paris) jusqu’à dénuder le métal, permettant à la rouille de s’installer.

POLLUTION À LA CLÉ

Un brin fétichiste, ce nouveau rite, exige que l’on jette à l’eau les clés du verrou d’amour. Il y a donc aujourd’hui au fond de la Seine, autant de jeux de clés qu’il a été arrimé de « lovelocks » depuis 2008. Loin d’être inoxydable, l’alliage métallique dans lequel les clés sont usinées est proche du maillechort. Il est constitué de cuivre, de zinc, et de nickel, auxquels viennent souvent s’ajouter du chrome ou autres anodisations, censées retarder la corrosion. Tous ces métaux s’oxydent régulièrement. Les divers produits issus de cette corrosion sont toxiques pour les organismes aquatiques donc, à terme, pour les humains. Un jeu de clés pèse entre 15 et 20 g. Si l’on estime, qu’en gros 2 500 000 (1million ont été enlevé en 2014) ont été posés. À une moyenne de 18 g par jeu de clés, environ 45 tonnes d’alliage de cuivre dorment dans le lit de la Seine.

UN AMOUR FOU

Pour autant que l’intelligence reprenne le pas, les corps et les anses des cadenas, eux, sont recyclables. Mais ne serait il pas plus intelligent encore de n’avoir pas à les recycler ? Extraction minière, fonderie, forgeage, usinages, traitement de surfaces, transport (depuis la Chine en majorité), le cadenas neuf est issu d’un processus industriel lourd, énergivore et très polluant à chacune de ses étapes. Sachant que les ressources de la planète ne sont pas illimitées, fabriquer des centaines de tonnes de cadenas juste pour les accrocher et les laisser pourrir sur des ponts, relève de la pure folie.

Cadenas d'amour cœur rouillé
Fabriquer des centaines de tonnes de  cadenas pour les laisser pourrir sur de édifices publiques, il y a de… l’abus.

UNE COUVERTURE  MÉDIA PEU ANALYTIQUE

En épluchant, sur la toile et ailleurs, les divers articles consacrés aux « cadenas d’amour » par les grands médias (le Monde, Libération, Le Parisien, 20 minutes, les diverses chaines de télévision) on s’aperçoit que la dimension écologique de la question n’est évoquée qu’à strict minima. En 2014, un reportage de France TV, toujours diffusé en ligne, par France 3 régions, montre même une journaliste faisant graver un « lovelock » « France 3 Forever », l’attachant ensuite à la Passerelle des Deux Rives (Strasbourg) et jetant la clé dans le Rhin. Lien : https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/passerelle-deux-rives-cadenas-amour-

AMOUR À VENDRE

« Cela a constitué la majorité de ma recette durant des années » avoue une ancienne bouquiniste sans vouloir donner de chiffres. Bon sur ! Mais c’est bien dieu ! Comme dans toute croyance à la mode, le temple de l’amour « cadenassier » – pour ne pas dire carcéral – a ses marchands. À moins de ne pas savoir gérer leurs affaires, les industriels du cadenas doivent être prospères. En remontant les quais de la rive gauche, nous avons compté près d’une dizaine de bouquinistes vendant ouvertement de ces objets en laiton brut, brillant ou anodisé fuschia, carrés ou en forme de cœur et gravés «I love Paris». La même chose existe chez la plupart des marchands de souvenir du coin. Cela se vend entre trois et dix euros selon le modèle, mais sans compter le stylo feutre à encre  indélébile pour y inscrire les prénoms.

Cadenas d'amour bouquiniste souvenir.jpg
La vente des « cadenas d’amour » constitue un revenu non négligeable pour certains bouquinistes

GRAVURE DE MOTS

Si l’encre craint peu la pluie, sa résistance au frottement est quasi nulle, le must pour les «love lockers » est donc de faire graver. Sur la toile, une litanie de sites propose ce  « service » et surtout la vente directe de cadenas «personnalisés». Certains vendent même des lots de cadenas de plusieurs tailles pour toute la famille, intégrant au besoin les animaux domestiques.

Cadenas d'amour personalisé rose.jpg
Comme Sarah et Alexander, comme Cindy et Daniel,  comme B…,&… sur le web  nous avons trouvés de nombreux sites  proposant des cadenas sur lesquels on peut faire graver ce que l’on veut.

Sur pratiquement tous ces commerces arachnéens, le client est ouvertement incité par une prose plus ou moins littéraire (ou bien traduite) et des photographies, à poser son cadenas sur l’édifice public « qui compte beaucoup pour vous » ou qui contient « beaucoup d’amour et de bohème ».

S’il n’est pas répréhensible de vendre des cadenas, il peut l’être d’inciter leur acheteurs potentiels à dégrader le bien collectif.

LA CÉTOINE DORÉE

BIEN QUE HONNIE PAR LES AMATEURS DE ROSES, LA CÉTOINE DORÉE EST UN COLÉOPTÈRE AUSSI SPECTACULAIRE QU’UTILE A LA FORMATION DES COMPOSTS.

 Dans un parc d’Argentan, où nous photographions des abeilles, sur la dentelle crémeuse d’un arbuste fleuri, apparaît une émeraude ambulante. La bête empoussiérée de pollen dévore étamines et corolles. En  observant de plus près, elle n’est pas seule. Sur les grappes de cette floraison blanche, généreuse et ensoleillée, occupant à peine un mètre carré, une bonne demi-douzaine de spécimens sont à l’œuvre. En un vol agile, un autre s’invite au festin. Surprenant, ses ailes se rétractent sous des élytres qui restent fixes.

DSC_7276

Un rêve d’émailleur

«La Cétoine dorée, est sûrement l’un des plus joli scarabées de nos régions » nous renseigne un ami randonneur en voyant les photos de ce coléoptère dont la carapace vert-métallisé se moire d’or… à faire rêver les céramistes et les émailleurs. Du coup les recherches deviennent plus aisées. Coïncidence, l’Office du Tourisme d’Argentan présente, en ce mois de juin 2018, une exposition consacrée aux naturalistes normands. Un spécimen y est épinglé dans une vitrine.

Cétoine 2

Entre avril et juin

Les amateurs de rosiers, qui la détestent, l’appellent le «hanneton des roses». Cetonia aurata, pour les entomologistes, la cétoine dorée, pour le commun francophone des mortels, mesure entre 12 et 25 millimètres de long. Apparaissant entre avril et juin, l’insecte adulte cherche sa provende dans les parcs et jardins ou il raffole des roses, mais aussi des lilas, des troènes, du pyracantha et de quelques autres plantes arbustives. Dans la nature « sauvage », la cétoine dorée affectionne le sureau, l’aubépine et l’églantier avec, semble-t-il, une préférence pour les fleurs en grappes.

Cétoine1.jpg

Lieux naturels protégés

Quelques jours plus tard, nous avons la chance de rencontrer une belle cétoine dorée sur une grande berce commune, ombellifère poussant près d’un sentier de promenade. Lorsque l’animal se sent repéré, il s’enfouit dans les fleurs pour se camoufler. Hors des jardins et lieux naturels protégés, les remembrements massifs et donc la disparition des haies nourricières et des arbres morts (habitat naturel), sont, avec l’agrochimie (herbicide, pesticides) responsables de sa raréfaction, pour ne pas dire son éradication en bien des endroits. En 2021 nous en avons rencontré un spécimen qui faisait bombance sur une rhubarbe fleurie (photo en fin d’article) dans le jardin médiéval de Lassay-les-Châteaux

 

Cétoine 3
Cétoine dorée: lorsque l’insecte se sent repéré il s’enfouit dans les fleurs qu’il continue de dévorer.

Trois ans de métamorphose

À l’instar de toute une petite faune (abeilles mouches moucherons etc…), qui pâture sur les mêmes inflorescences au même moment, elle contribue à la pollinisation. Sa larve se développe dans les bois décomposés les terreaux et les composts qu’elle contribue à élaborer. Les parcs et jardins paysagés lui sont d’autant hospitaliers qu’au pied des arbustes, l’on recouvre, chaque année, le sol de copeaux de bois et qu’aucun traitement phytosanitaire n’y est appliqué. Il faut entre deux et trois ans pour que l’œuf pondu en fin de printemps, après avoir été une larve, se métamorphose enfin en un ou une adulte. La femelle pond ses œufs en juin puis meure. l’adulte mâle ne vit qu’un été, de juin à septembre ou octobre, selon les conditions climatiques.

Brisures de bois
les couches successives de brisures de bois étendues, chaque année, par les paysagistes des parcs et jardins sont des lieux très appréciés par les larves saproxylophages des cétoines dorées.

Facilement identifiable, elle est réputée commune en Europe méridionale et en Europe centrale, et présente en Angleterre et en Scandinavie. Elle n’est cependant pas si fréquente que cela et nécessite d’être très attentif aux floraisons, entre avril et septembre pour pouvoir l’observer. Tout comme les papillons, la cétoine dorée se rencontre surtout pendant les heures les plus ensoleillées.

Cétoine  dorée et sur une rhubarbe copie
Lorsque la Cétoine ne dévore pas les roses, elle sait se contenter d’inflorescences en grappes telle que la rhubarbe. Photo réalisée dans le Jardin Médiéval de Lassay -les-Châteaux (Mayenne).

VIRÉE EN «CENTRE-VIDE»

Centre vide ouverture
Ce panneau «Centre-Ville», modifié sur Photoshop par nos soins, est bien entendu fictif, mais pour combien de temps encore ?

Dans le centre ville d’Argentan (61), plus de 40 boutiques, magasins et locaux professionnels sont vides. Visibles de la rue, la majorité d’entre eux se situent dans un secteur assez réduit que l’on peut considérer comme le cœur de vie historique de l’agglomération.

Un voyageur revenant à Argentan en 2018, sans l’avoir jamais revu depuis les années 1970, peut se demander à juste titre quelle épidémie a bien pu désertifier cette ville, jadis si vivante. En parcourant, les rues principales de la Sous-préfecture de l’Orne,  il pourrait  recenser, comme nous l’avons fait, plus d’une quarantaine de lieux commerciaux et professionnels vides. Ce à quoi il faut ajouter l’ancienne sous–préfecture et une ex clinique privée d’une surface de2300 m2, toutes deux désaffectées et vides depuis des années. La plupart de ces locaux se situent à moins de 400 m de l’église Saint-Germain. Fermée depuis des mois, mais toujours pourvue de son auvent publicitaire pour le quotidien «Le Figaro», l’ancienne «Maison de la Presse» se trouve même juste en face, de l’autre côté de la rue.

COEUR  DE VILLE

À Argentan le « cœur de vie historique» de la ville, soit la surface dans laquelle se concentrait depuis la création de la cité et jusqu’à il y a encore une vingtaine d’années la grande majorité de l’activité commerciale, administrative et médicale, tenait dans un quadrilatère restreint d’une surface de 3,6 km2 (600 m de côté), la superficie totale de la ville étant de 18,18 km2, hors communauté de communes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Boutiques abandonnées jusque dans les rues le plus commerçantes, dizaines d’appartements et maisons inhabitées, rues du centre de moins en moins fréquentées. … Comment en est–on arrivé là ? Avant d’apporter quelques éléments de réponse, remarquons qu’Argentan n’est pas un cas isolé. En France, de nombreux centres de petites villes et même de grandes comme Saint-Etienne ou Toulouse connaissent ou ont aussi connu des situations identiques.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

LES CAUSES DONT ON CAUSE

Pour expliquer la déchéance du commerce et la désertification dans les centre-villes, la première cause incriminée est l’implantation à la périphérie des villes de centres commerciaux très «complets» entourant des enseignes de grande distribution. À Argentan les amateurs de ce genre d’endroits sont plutôt bien servis. Un grand «Leclerc» et un «Lidl»tiennent l’entrée Est de la ville, un «Intermarché» l’entrée Ouest (route de Flers), un Carrefour, l’entrée Nord sur la route de Caen. Et puis, les « hypers» entre autres arguments bétonnés comme les «courses Drive», ne proposent ils pas maintenant des parkings couverts et reliés par des passages à la surface de vente ? Des merveilles architecturales qui évitent d’exposer sa surcharge pondérale aux éléments déchaînés durant les quelques mètres qui séparent son automobile de l’entrée de la caverne aux trésors.

En périphérie s’ajoutent aussi de multiples Z.A.C (zônes d’activités commerciales) avec parking ou sévissent diverses franchises de jardinerie, de bricolage, de bazar, de jouets et de magasins «discount» (alimentation, optique). Tout cela est complèté par les versions «drive» des grandes enseignes et même de plus petites, telles que les boulangeries installées dans d’anciennes stations services. Même en ajoutant quelques centaines d’habitants des communes les plus proches, c’est beaucoup pour une ville comprenant 13 698 habitants (source INSEE 2014).

LES CAUSES DONT ON CAUSE… MOINS

À Argentan,comme ailleurs, la concurrence agressive de la grande distribution et des enseignes de Zac, va de pair avec l’inconséquence des autorités territoriales qui ont non seulement laissé faire, mais approuvé ces implantations pléthoriques. Ici, la municipalité est pourtant bien placée pour savoir que la population de l’agglomération ne cesse de baisser depuis la fin des années 1990 et la fermeture des principales «grosses boîtes » telles Moulinex (électroménager : 262 employés), la Mic (matériel de manutention : 292 emplois), la fonderie Waeles (320 employés).  Ces derniers mois, Ghizzo (bâtiment – 42 employés)  et Armcor (fabrication de flexibles: 86 salariés) viennent encore de fermer leurs portes.

 Démographie en baisse

De 17 327 habitants en 1982, la population de la ville (hors communauté) est aujourd’hui descendue au dessous de 14 000. La plupart des ex-salariés encore en âge de travailler ainsi que leurs familles sont allés chercher leur provende sous des cieux plus nourrissants. Dommages collatéraux, cette baisse a entraîné des diminutions d’effectifs, des pertes d’emplois et des fermetures dans des entreprises sous traitantes et des administrations et donc bien entendu aussi dans les commerces.

 Le coût et l’état de l’immobilier commercial

Malgré la chute de la fréquentation, les propriétaires immobiliers ne lâchent rien et continuent d’exiger des loyers commerciaux, des prix de vente ou des reprises de pas de porte, toujours indexés sur la rentabilité des périodes de pleine prospérité. Difficile, dés lors, pour un nouvel entrepreneur de s’installer ou de reprendre «une affaire» en espérant une rentabilité de bon aloi. Ceci d’autant plus que les locaux, peu rénovés depuis les années 1970 nécessitent souvent des réfections et des remises aux normes importantes. Au final, même dans les rues les plus passantes, des boutiques restent vides durant des mois, quand ce n’est pas des années.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un habitat de centre… vide

Souvent étroits et assez peu lumineux, bon nombre d’appartements situés au dessus des boutiques ne sont accessibles qu’en passant par celles-ci. S’ils logeaient jadis les commerçants et leurs familles, il y a déjà plusieurs décennies que ce n’est plus le cas. Quand ils ne servent pas de lieux de stockage ou de débarras, ils sont laissés à l’abandon et se dégradent. Dans une société dédiée au tout automobile –d’où la réussite des zones d’activité commerciales- qui veut encore habiter une maison sans garage ni parking attenant, dans une rue ou se garer relève de la corvée quotidienne ?

 Fenêtres sans vie

Fenètre St Germain
Sur la Place Saint Germain, en haut d’un immeuble donnant sur le marché, au dessus d’une crêperie fréquentée, un appartement est vide depuis des années. Sur les fenêtres mansardées, les huisseries pourries par le temps ont perdu leurs vitres, permettant aux volatiles de squatter l’endroit. Ce contre quoi l’on a employé les «grands» moyens».

Argentan a été détruite à 90% à la fin de la seconde guerre mondiale, mais, à la reconstruction, l’urbanisme de son centre ville a repris presque à l’identique le schéma quasi médiéval de ce qu’il était avant le conflit. Résultat, à partir des années 1970, à l’instar des commerçants tous ceux qui le pouvaient, sont partis habiter dans les quartiers périphériques, voir dans les communes environnantes, des lotissements de maisons neuves ou des résidences plus agréables et salubres. Si l’on comptait les appartements et maisons actuellement vides de la ville, le total serait très supérieur à celui des commerces. Fenêtres sales et sans vie, sinon sans vitres et ouvertes à tous les vents et aux pigeons, beaucoup sont aujourd’hui inhabités depuis longtemps.

La responsabilité du consommateur

Parkings 190 places«Moi j’achète mes livres « au Centre Culturel». Par «centre-culturel» il faut entendre l’extension ainsi auto-proclamée de « chez Leclerc », ceci alors même qu’il existe sur la Place Henri IV , deux librairies situées à quelques mètres l’une de l’autre. Parmi les causes, dont on évite de causer trop fort, l’on peut donc citer aussi la responsabilité du consommateur. La principale «excuse» de ce dernier est que l’on ne peut pas toujours se garer devant la boutique. Argentan propose des parkings suffisants. Leur défaut? Ils obligent à marcher, entre cinquante et trois-cent mètres, pour rejoindre les rues les plus commerçantes. Distance négligeable pour la majorité des parisiens, cela semble constituer un obstacle infranchissable en province ou circuler en voiture, même lorsque l’on peut s’en dispenser, constitue une activité statutaire.

POUR CONCLURE

Nous n’avons pas l’ambition en un seul article d’être exhaustifs sur le sujet, répétons le, la situation du centre ville d’Argentan, n’est pas un cas particulier. Elle relève même d’un problème national inquiétant que les politiques (toutes obédiences confondues) ont, à quelques exceptions près, négligé depuis des décennies. Dans son livre «Comment la France a tué ses villes » (éditions Rue de L’échiquier) Olivier Razemon publie une enquête édifiante sur ce qui se passe à Landerneau, Avignon, Calais, Agen, Lunéville etc…Il analyse, entre autres, les causes que nous venons d’évoquer.

 

 

 

 

 

 

 

Balade Perturbée

L'empreinte de l'homme
Sur le bord de l’Orne, lorsque les crues font ressortir tout ce qui a été jeté dans les buissons.

Au cours d’une très courte balade sur un site de promenade aménagé au bord de l’Orne, à Argentan (61) nous avons photographié quelques dizaines de détritus flottants sur l’eau. Issus des incivilités de  promeneurs inconséquents il s’agit surtout d’emballages de boissons.

Cette série de photos a été réalisée le 18 janvier 2018, sur un parcours de 50 mètres, le long de l’Orne en crue. Je n’ai retenu que quelques images sur la centaine de détritus que j’ai ou aurais pu photographier ce jour là sur une surface assez réduite. Le lieu sur lequel nous avons rencontré cette série de «trouvailles» est une balade aménagée à Argentan le long de l’Orne. Elle part de l’impasse du Clos-Menou et conduit au hameau de La-Gravelle.

Perturbateurs endocriniens

Les emballages alimentaires sont réputés pour contenir, entre autres composants chimiques douteux, du bisphénol A. Connu pour avoir des propriétés œstrogéniques (influences sur la procréation et les hormones), on en a trouvé dans certains polymères (dont ceux composant les plastiques des biberons pour enfant) entrant dans la fabrication des emballages plastiques d’aliments, boîtes métalliques de conserve, garnitures en métal des boîtes de nourriture. Perturbateur endocrinien, interdit (en principe) pour la fabrication des contenants alimentaires depuis 2015, le bisphénol A est remplacé par des substituts, comme le bisphénol S ou le bisphénol F, considérés pourtant eux aussi comme nocifs ( Libération.fr).

DSC_9324 copie.jpg

Même en supposant que la législation soit respectée par tous les producteurs d’emballage, il n’existe aucune certitude que tous les contenants alimentaires fabriqués jusqu’en 2015 ne soient plus en contact avec la nature. Et puis, hélas, comme le montre en une de cet article, la photo de la semelle nageant parmi les débris végétaux, il n’est pas jeté dans l’environnement que des emballages pour aliments destinés aux humains.

DSC_9326 copie

Concernant les composants chimiques utilisés pour l’emballage non alimentaire ou la fabrication de matière plastique pour la production industrielle en tous genres, la législation est beaucoup plus permissive. Hors, lorsque l’on se promène un peu partout, aux abords des villes comme en pleine campagne, on peut découvrir des fragments de toutes sortes d’objets, quand il ne s’agit pas de véritables petites décharges sauvages.

Retenus pour longtemps

Les perturbateurs endocriniens (voir sources ci-dessous) sont particulièrement dangereux pour les personnes enceintes, les nourrissons, les jeunes enfants et les adolescents durant la puberté. Durant les périodes cruciales de la croissance, elles peuvent occasionner des perturbations du système hormonal et dérégler la mise en place des structures et fonctions de l’organisme. À l’heure (12 février 2018) où sont rédigées ces lignes, l’Orne a cru et décru plusieurs fois. Retenus par les buissons et les roseaux, les canettes (soda, bière) bouteilles de plastique et autres emballages de kébab photographiés lors de mon premier passage sont toujours là.

DSC_9342 copie

 

Indomptable renouée

Introduite en France pour ses qualités fourragères et esthétiques, cette plante très invasive, nuisible hors de son écosystème originel s’est répandue sur tout le territoire français. Exemple type de l’inconséquence humaine et de l’ignorance générale en matière d’écologie, elle est un fléau pour les écosystèmes et un cauchemar pour ceux qui veulent l’éliminer.

Bords de rivières, talus d’autoroute ou de voies ferrées, prairies abandonnées, clairières… Quiconque voyage et observe n’a pas manqué de remarquer un peu partout les incroyables massifs de cette envahisseuse exotique. Ne serait son caractère invasif et la difficulté de la cantonner à un lieux restreint, c’est d’ailleurs une plante assez décorative et intéressante par ses propriétés nutritives. C’est cela qui a conduit des irréfléchis plus férus d’économie que d’écologie à l’importer d’Extrême-Orient (Corée, Japon, Sibérie, îles Kouriles, Chine) à partir de 1820 (Hollande) 1840 (Bavière) et en France durant la première guerre mondiale (armée britannique) pour ses qualités fourragères et sa grande productivité.

Empoisonneuse d’existence

La Renouée «du Japon» (Polygonum cuspidatum), est une plante sauvage, dotée d’une belle vitalité. Ses grandes feuilles (environ 15 cm de longueur) lui confèrent une efficacité photosynthétique importante. En deux à trois mois les tiges peuvent atteindre une hauteur de quatre mètres. En Europe, elle se reproduit surtout grâce à ses rhizomes agressifs. Elle fournit des massifs très serrés qui occultent la lumière et empêchent la photosynthèse des plantes endémiques. Au besoin elle peut aussi empoisonner celles ci en émettant dans le sol une substance toxique pour elles. Comme en plus elle n’a dans nos régions, aucun prédateur local susceptible de limiter son expansion. La rapidité de sa propagation est telle qu’une petite implantation peut donner, en un ou deux ans, des massifs de plusieurs dizaines de mètres carrés. Là ou la renouée du Japon se développe, le reste peine à pousser.

Pas mauvaise… Chez elle

Là où elle est endémique, la renouée du Japon est limitée par ses prédateurs, dont l’homme. Celui-ci parfois même la cultive pour ses propriétés culinaires, fourragères ( feuillage, tiges) comme pour ses qualités nutritives et médicinale (rhizome, tige). Qui plus est, son élégante floraison blanche et abondante est mellifère et participe ainsi à la protection des abeilles et autres pollinisateurs.

S’en débarrasser : un travail de Sisyphe

Si l’on ne veut pas avoir recours à une chimie (désherbant) destructrice aussi pour tout le reste de l’environnement, l’unique moyen efficace de se débarrasser de ce fléau est d’extraire tous les rhizomes, de les sécher hors sol et de les incinérer. Un travail de Sisyphe, à la limite de l’impossible, car un m² de sol envahi, peut contenir plus de 100 mètres de rhizomes (environ 25 kg), lesquels peuvent s’enterrer jusqu’à trois mètres de profondeur. En cas de forte invasion cela demande aux autorités territoriales des moyens et une main d’œuvre qu’elles n’ont pas toujours à disposition. Qui plus est, même effectué avec le plus grand soin, ce travail ne garanti pas l’éradication définitive. Le moindre fragment de rhizome vivant ou même de tige oublié permet la repousse au même endroit d’un nouveau foyer d’invasion. C’est pourquoi les déchets de renouée ne peuvent pas être compostés.

Limiter les dégats

La renouée ayant besoin d’une forte photo synthèse (d’où la dimension de ses feuilles), la fauche régulière constitue une possibilité de limiter son développement. Mais, là encore, sans même compter l’élimination des déchets et le nettoyage indispensable de l’outillage de coupe et de transport, le coût en matériel et main d’œuvre est important pour les communautés territoriales.

Des chèvres et de l’ensilage

Depuis 2016, selon le quotidien Ouest France, à Pleine-Fougères, les services du Conseil départemental d’Ile et Vilaine, expérimentent l’éco-pâturage.  Une douzaine de chèvres se régalent d’une parcelle infestée de 1800 m2. Une expérience similaire, est aussi, selon le journal La Montagne, menée en Auvergne. La municipalité de Buc dans les Yvelines (78) en utilise aussi pour le parc de son château. Des essais d’éco-pâturage sont également réalisés en Lorraine, près de Pont-à-Mousson, ou des étudiants travaillent en parallèle sur la possibilité de méthanisation après ensilage des fauchages de la renouée. Serions nous en voie de… renouer avec l’intelligence? Affaire à suivre.